‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 169 sur 198 · L'ADMISSION DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

L'ADMISSION DE LA PRUSSE

M. de Hatzfeld, qui aime tant son pays! Il doit en avoir beaucoup souffert. »

Somme toute, l'Empereur désire l'admission de la Prusse et espère encore l'obtenir. « Nous avons encore vingt jours de marge » , me disait-il en me quittant au milieu des polkeurs et des polkeuses, qui avaient eu beaucoup de peine à ne pas nous déranger pendant cette longue conversation.

Lundi 4. — Aujourd'hui, le colonel Lowenthal m'apporte ma nomination de second plénipotentiaire aux négociations de paix (1). La perspective de prendre part à l'œuvre de paix m'a causé le plus vif plaisir.

Mardi gras, 5. — Temps de printemps, depuis la fin de décembre. Des centaines de milliers de promeneurs remplissent les rues de Paris. Chez Walewski. Le Moniteur publie la liste des plénipotentiaires pour le congrès de Paris. Le soir chez la princesse de Lieven, qui est enchantée de voir revenir, à la fin de ses jours, les beaux temps des congrès. Présents : Mme Kalerdgi, MM. Guizot, Duchâtel, Dumont, Werner de Mérode.

Mercredi des Cendres, 6. — Travaillé toute la matinée et expédié Hoffmann à Vienne. Voici ma lettre particulière au ministre (2) : « Vous jugerez sans doute utile,

(i) Le congrèsse composa de premiers plénipotentiaires qui, à l'exception d Orloff, étaient les ministres dirigeant la politique étrangère de leur pays. Les représentants des puissances contractantes à Paris furent nommés seconds plénipotentiaires.

(2) Hiïbner à BuoI 6 février, lettre particulière.

qu'on sache à Berlin, c'est-à-dire que le roi sache que, quel que soit le résultat final, l'Autriche a loyalement et énergiquement travaillé à l'admission de la Prusse. Nous avons trop d'intérêt à ne pas pousser le roi dans les bras de la Russie ou, du moins, à ne pas l'empêcher de les quitter, pour ne pas devoir désirer une amélioration de nos relations avec Berlin. Pour les affaires d'Allemagne, il y aura toujours des chicanes et des rivalités; mais, par rapport aux affaires européennes, la Prusse devrait nous suivre et cesser d'ameuter contre nous les petits États qui ont joué un trop grand rôle dans toute cette question orientale. Pour obtenir ce résultat, il est essentiel de se mettre bien avec le roi, qui brûle d'impatience de paraître aux conférences de Paris. C'est donc une bonne occasion de lui faire chose agréable. Si on ne fait pas de lourdes fautes à Berlin, je considère la chose comme emportée. Mais il serait bon, je crois, que le roi sache que c'est à l'Autriche qu'il devra son admission. A cet effet, j'ai rédigé mes deux premiers rapports d'aujourd'hui, de manière à pouvoir lui être confidentiellement communiqués. J'y ai mis expressément les paroles, textuellement citées, de l'empereur Napoléon sur le général Wedel, qui a compromis son souverain par sa bévue, et sur le comte de Hatzfeld qui, pour être bienveillant envers l'Autriche, n'en est pas moins bon serviteur de son souverain. »

Jeudi 7. — Le temps ravissant. Revu ma correspondance avec Buol de 1853, avec un vif intérêt et une grande satisfaction d'amour-propre.

Page 1