PREMIÈRE JOL'RXEE DU PRESIDENT
lerie du quai d'Orsay, ils furent pendant la nuit transférés, dans des voitures cellulaires destinées à l'usage des criminels, et qu'on n'avait pas même eu soin de faire nettoyer, au Mont-Yalérien, à Yineennes. à Ma- Eas. Le duc de Broglie et deux autres députés furent mis en liberté.
If. Mole, avant dans la matinée appris que ses collègues avaient été arrêtés à la mairie de la rue de Grenelle, où ils se trouvaient encore, s'y rendit en toute hâte pour partager leur sort. Mais 1 officier, qui commandait le poste et ne semblait guère goûter le métier de geôlier qu'on lui faisait faire, refusa de 1 admettre en disant : « On ne sort et on n'entre pas ici. »
Cette première journée est considérée comme favorable à la cause du Président. La physionomie de la ville, à son point de vue, est bonne.
Louis-Napoléon s'est montré en public. On assure qu'un coup de feu a été dirigé contre lui et que son aide de camp Fleury a eu sa casquette percée d'une balle.
Mercredi 3. — De grand matin chez la princesse de Lieven. J'y trouve Guizot et d'autres amis. C'est un vaet-vient continuel. La princesse grandit à vue d'œil avec les circonstances. Nous nous moquons un peu d elle sous cape, mais c'est une « femme d'État » et une grande dame dans toutes les vicissitudes de la vie. Depuis hier la ville a changé d'aspect. Partout des gens en blouse et beaucoup de figures sinistres. On voit que les ouvriers ne travaillent pas. Au ministère des affaires étrangères, tout était sens dessus dessous.
Évidemment les meneurs de l'Elysée ont trop de besogne sur les bras pour s'occuper de l'étranger et de ses représentants. Vers le soir la canaille disparaît, pendant que les troupes se massent du côté du faubourg Saint-Antoine. Dans le centre de la ville on a érigé quelques misérables barricades, aussitôt prises par la troupe. Un nommé Baudin fut tué et un autre montagnard, Madier, blessé et pris.
Malgré une névralgie violente, j'ai passé la journée à courir dans Paris, prendre des informations et écrire. Le soir, chez la princesse de Lieven. Antonini entre pâle et défait, et quoique personne ne soit disposé à la gaieté, le ministre de Naples est reçu avec des rires bruyants. Personne ne sait avoir peur comme les Napolitains. Il y avait là Buol, Mme Kalerdgi et Marion Ellice. Plus tard le duc de Noailles arrive avec la nouvelle qu'on espérait voir les rouges accepter la bataille demain. C'est l'absence d'un ennemi qui rend la situation de l'Elysée plutôt awkward, et j'ajouterai, dangereuse. Vers onze heures de la nuit, deux cadavres entourés de porteurs de torches sont promenés sur le boulevard du Temple. Les passants, entre eux le baron d'Ottenfels, sont obligés de les saluer. En rentrant assez tard, dans ma voiture, je ne rencontre âme qui vive.
Seulement dans la rue de Grenelle, où se trouvait l'ambassade, des colonnes de troupes et des ordonnances, ces dernières passant au galop, se succédant presque sans interruption.
Jeudi 4. — La journée d'hier est jugée favorable au prince. La petite bourgeoisie a pris peur et boude