‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 171 sur 198 · LA PREMIÈRE CONFERENCE · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE CONFERENCE

Lundi 25. — A une heure, première séance des conférences de paix au ministère des affaires étrangères, dans le salon où se trouvent les portraits. Une foule de curieux stationnait sur le quai en face de l'hôtel. La réunion autour de la table verte était imposante par l'importance des matières à régler, par la situation des hommes qui la composaient et par la grande simplicité avec laquelle on procédait. Voici Tordre dans lequel nous étions : Buol, moi, Bourqueney, Walewski. Clarendon, Cowley, Benedetti, chargé de la rédaction du protocole; puis Orloff, Brunnow, Gavour, Yillamarina. Mehmed Djemil. Aali pacha, le grand vizir, voisin de Buol. Nous avons converti lé protocole de Vienne du 1er février en préliminaires de paix formels et conclu un armistice qui expire, de plein droit, le 31 mars.

Chez Walewski, grand dîner suivi d'un beau concert. Les dames se pressent autour de la table verte, où les conférences ont lieu et en prennent des souvenirs. Si la paix était signée, à la bonne heure !

Mardi 26. — Grand diner chez Fould. Conversation avec Walewski et Clarendon. Ce dernier me dit qu'une conférence a eu lieu aujourd'hui entre les Français, les Anglais et les Russes (pourquoi sans nous?) ; que les Russes sont décidés, et se disent décidés, à ne céder Kars qu'en échange de leurs cessions territoriales en Bessarabie; les Anglais ne veulent rien céder : « Donc, disait lord Clarendon, nous sommes tombés d'accord... que nous ne pouvons pas nous mettre d'accord ! Nous voilà arrivés au fossé. » Buol semblait plus contrarié ei

plus inquiet que moi. Il comprend que l'empereur Napoléon pourra intervenir utilement.

Mercredi 27. — Une séance à six (Buol, moi, Walewski, Bourqueney, Glarendon, Gowley) eut lieu ce matin dans le cabinet de Walewski pour réparer la déconfiture de la veille, que l'on avait provoquée de g&ieté decœurens'abouchantsansnous, avec les Russes. Nous nous sommes mis d'accord sur la réponse à faire à ces derniers lors de l'examen « rapide » des différents articles des préliminaires. J'ai prouvé que la seule garantie véritable contre les projets ambitieux des Russes dans la mer Noire, il fallait la chercher dans les alliances nouvelles que créera la paix de Paris. Tous, et surtout Glarendon, m'ont donné raison. Je pense donc que les plénipotentiaires anglais n'insisteront pas sur le désarmement de Nikolaieff. — Grand dîner chez moi.

Jeudi 28. — Une séance peu importante, c'est la seconde. Brunnow tâche de faire des réserves, qui trahissent l'intention des Russes de revenir sur les concessions déjà faites. Mais on s'y oppose. C'est Buol et Clarendon, moi et Cowley, qui leur tenons tête; les Français s'effacent. Walewski est plus russe qu'Orloff.

Passé la soirée aux Tuileries avec Mélanie. Petit spectacle détestable : les Deux Aveugles, par les acteurs des Bouffes.

Vendredi 29 . — Le soir, avec Buol, chez la princesse Lieven, que nous trouvons plongée dans une mélan-

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