‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 172 sur 198 · DISCOURS DE LORD CLARENDON · texte numérisé non relu

DISCOURS DE LORD CLARENDON

colie noire parce qu'Orloff la traite mal. Qu'on a tort dans ce bas monde d'être ambitieux!

MARS

Samedi 1er. — Aujourd'hui, à une heure et demie, troisième séance du congrès. Orloffet Brunnow venaient d'assister à un service funèbre pour l'empereur Nicolas. C'était le premier anniversaire de la mort de ce prince. Orloff avait beaucoup pleuré à cette solennité. De là les plénipotentiaires russes se rendirent à la conférence. Il y avait de quoi pleurer.

L'événement de la séance est un mémorable discours de lord Glarendon qui demande la restitution de Kars sans compensation en Bessarabie. Orloff consent.

Dimanche 2. — Toujours souffrant d'une névralgie, ce qui ne m'empêche pas de travailler comme un nègre et de diner tous les jours en ville. Le soir aux Tuileries, avec Mélanie. Il y avait petit spectacle : Un Monsieur et une Dame. Décidément, ce pauvre Bacciochi n'est pas très heureux dans le choix des pièces.

Lundi 3. — Ouverture de la session législative par 1 Empereur Napoléon dans la salle des Maréchaux. Son discours est un chef-d'œuvre, mais il ne fait pas mention de ces pauvres Turcs pour lesquels la France a pris les armes! Oubli significatif!

Mardi 4. — Quatrième séance, et quelle séance ! Tout 1 article 3 des préliminaires, qui doit devenir article

premier du traité, est rédigé. En trois heures de temps, la Russie est dépouillée de son rang de puissance prépondérante dans la mer Noire, d'héritière présomptive de la Turquie.

Grand dîner chez moi : les plénipotentiaires, les ministres français, les présidents des trois grands corps de 1 État, les grands officiers de la Couronne, Buol, Vaillant, Fould, Billault, Abbatucci, Fortoul, Magne, Kouher, Bassano, Hamelin, Tascher, Magnan, Bourqueney, Orloff, Brunnow, Aali pacha, Cavour, Villamarina, Troplong, Morny, Baroche, le nonce, Hatzfeld et Devaux. Quelques habitués viennent le soir.

Jeudi 6. — Cinquième séance. Mauvaise. Walewski propose que la commission executive (Danube) soit composée de riverains, y compris la Bavière. De là des réserves de toutes parts, personne ne voulant donner à cette commission une trop grande étendue. On se sépare sans s'entendre. En ce qui concerne les Principautés, nous savons que l'empereur Napoléon tient à son idée de les réunir en une seule; le duc de Modène serait appelé à les gouverner, comme vassal du sultan! Et le duché de Modène, serait-il destiné à récompenser le roi de Sardaigne?

Vendredi 7. — Le comte Buol vient chez moi. Il avait vu l'Empereur la veille. L'empereur Napoléon lui a parlé de la réunion des deux Principautés, mais sans rien dire du prince qui devait les gouverner. Buol a tenu bon. On s'est séparé, sans se rapprocher l'un de l'autre.

Page 1