ÉVEILLÉ PAR LE CANON
Mercredi 12. — Aujourd'hui, il y avait une séance importante. Les Anglais, lord Glarendon surtout, nous ont attaqué au sujet du Danube. Ils accusaient l'Autriche de demander à l'Europe l'ouverture des bouches du Danube pour obtenir le monopole de naviguer seule sur ce fleuve. Cavour nous interpelle sur la Compagnie priviligiée des vapeurs danubiens. Nous disons que nous demanderons des instructions. Le fait est que ce privilège est intenable, et que son abolition ne profiterait à personne plus qu à 1 Autriche.
Vendredi 14. — Neuvième séance du congrès. Les Anglais et les Russes ne peuvent tomber d'accord sur les conventions spéciales de la Russie avec la Turquie, concernant le nombre des bâtiments légers des riverains dans la mer Noire.
Samedi 15. — Depuis cinq heures du matin, l'Impératrice a ressenti les premières douleurs. Le Sénat et le Corps Législatif sont réunis en permanence dans leurs palais. Première séance de la commission pour la rédaction du texte du traité général, composée de Bourqueney, Cowley, Brunnow, Aali pacha, Villamarina et moi. Nous avançons assez rapidement. Cowley se fâche avec Brunnow, qui reste impassible. Conversation avec Clarendon; il mé dit qu'il rompra les négociations plutôt que de céder à la Russie le droit d entretenir dans la mer Noire douze bâtiments de guerre jaugeant ensemble plus de dix mille tonneaux.
Dimanche des Rameaux, 16. — Je suis éveillé par le canon des Invalides, qui tire cent et un coups annonçant
einsi la naissance du Prince impérial. L'Impératrice a beaucoup souffert. Dubois a du employer les fers. Il dit qu'il n'a jamais vu souffrir autant. L'Empereur, si calme d'ordinaire, a perdu la tète. On était obligé de l'éloigner de la chambre. Le prince Napoléon, la princesse Mathilde, Fould, Abbatucci, Morny et Troplong ont assisté à l'accouchement, comme témoins. L'Empereur a annoncé 1 événement à la Cour, tout pâle et en pleurs.
Lundi 17. — Travaillé le matin chez Buol. Il reçoit de l'empereur François-Joseph une lettre fort intéressante. Sa Majesté dit qu'Elle est enchantée de la manière dont lui et Hïibner défendent ses intérêts au congrès. Douzième séance de la commission de rédaction ; présents : Hiibner, Bourqueney, Gowley, Brunnow, Villamarina, Aali pacha. Nous terminons à peu près le texte du traité général. Une dépêche télégraphique de Vienne apporte l'approbation de l'Empereur à nos propositions concernant le complet affranchissement du Danube. Les plénipotentiaires anglais se montrant inexorables (avec raison) sur le nombre des bâtiments légers que la Russie demande, et qui aurait constitué une véritable flotte, Orloff cède.
Manteuffel est arrivé ; mais les plénipotentiaires anglais ne veulent admettre les plénipotentiaires prussiens que lorsque tout sera terminé, et seulement pour la revision de la convention des détroits de 1841.
Mardi 18. — Dixième séance du congrès. On débat la rédaction que nous avons présentée; cela fait, les