‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 175 sur 198 · LES PLÉNIPOTENTIAIRES PRUSSIENS · texte numérisé non relu

LES PLÉNIPOTENTIAIRES PRUSSIENS

plénipotentiaires prussiens, Manteuffel et Hatzfeld, sont introduits au milieu d un profond silence, et après que Clarendon et Gowley ont déclaré que ces messieurs n'auraient aucun avis à donner sur les questions décidées ou à décider.

Ce matin, à une heure, l'Empereur reçoit les félicitations du congrès, du corps diplomatique et des corps d Etat. etc. Nous avons défilé près du berceau de l'enfant, qui a de beaux yeux bleus. Le grand cordon de la Légion d'honneur était jeté sur la couverture.

Mercredi 19. — Séance de la commission de rédaction. J'ai une prise de bec avec Brunnow sur les iles d Aland : les Russes veulent absolument que la convention spéciale sur cet objet ne soit pas mentionnée dans le traité général.

Jeudi saint, 20. — Depuis une heure jusqu à six heures et demie, en séance de commission, mais à laquelle viennent assister Buol et Orloff. C'est une véritable conférence, tenue sans la participation des plénipotentiaires prussiens. Une grande partie des articles du traité est définitivement rédigée. Nous arrêtons ainsi la rédaction des articles concernant le Danube. Elle passe sans modification notable. Puis vient l'article sur les chrétiens. Une rédaction préparée par Bourqueney, de concert avec le grand vizir, est rejetée par Orloff, qui lit une rédaction inadmissible. Mais il a raison de relever que le mot chrétien ne se trouve pas dans celle de Bourqueney. Tout le monde est agacé. Il est temps de signer.

Pendant cette longue séance on arrête dans le cabinet de Walewski, entre Orloff et Clarendon, le texte de la convention sur les îles d'Aland. Puis arrivent Manteuffel et Hatzfeld chez Walewski. Ils sont outrés, se disent blessés à dessein, et menacent de partir

Dîné chez Cowley, avec Clarendon, lady Sydney et Buol. Cowley me dit : « Autant j'ai été contraire à ce que les négociations de paix se fissent à Vienne, autant je me repens aujourd'hui de m'y être opposé. Cela aurait valu mille fois mieux que Paris. Il est impossible d'être plus loyal que vous ne l'êtes, Buol et vous. » Quant aux Prussiens, il désire qu'ils partent.

Samedi saint, 22. — Travaillé le matin avec Buol. Puis, d'une heure à six heures, au ministère des affaires étrangères. C'était la onzième séance; mais elle ne fut ouverte qu'après cinq heures. Des transactions particulières avaient rempli toute la matinée. Les plénipotentiaires prussiens attendaient, dans une pièce attenante, que leur sort fût décidé. Ils objectaient contre le dernier protocole et contre le préambule du traité, trouvant qu'on les traitait mal; que c'était un guetapens; qu'on les avait invités pour prendre part à toutes les négociations, et non pas seulement à la révision de la convention des détroits de 1841; que, du moins, c'était là le seul sens qu'on pût donner à l'invitation du comte Walewski. Le fait est que c'est vrai dans une certaine mesure. Mais il n'est pas moins vrai que les Prussiens voulaient rédiger le préambule de manière à effacer la différence qu il y a entre la situation de l'Autriche et de la Prusse; or Clarendon s'y

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