‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 177 sur 198 · BUOL SE FACHE TOUT ROUGE · texte numérisé non relu

BUOL SE FACHE TOUT ROUGE

grand vizir et les plénipotentiaires anglais se joignent à nous. Nous adoptons le tiers des articles du traité.

Jeudi 27. — Longue séance du congrès, la seizième. Nous faisons adopter une rédaction des articles sur le Danube, bien meilleure que la première. Cette question du Danube, complètement affranchi et placé, en deux ans d ici, sous le régime des États riverains, conformément aux actes du congrès de Vienne, est notre grand trophée. Manteuffel et Hatzfeld n'avaient pas l'air très contents. Notre tour, de ne pas l'être, ne se faisait pas attendre. Walewski eut le manque de tact d'interpeller Buol sur l'époque de notre évacuation des Principautés, attendu que la présence de nos troupes gênerait la liberté du vote de la nation. Buol se fâche tout rouge, et part comme une fusée. Walewskî s'embrouille, et dit des bêtises. Je lui fais observer que si les troupes autrichiennes gênent, à Bucharest et à Jassy, les travaux des Divans ad hoc, la présence des troupes anglo-françaises pourrait bien gêner le Divan et la Porte. On parle aussi de l'armistice, etc. Walewski bat en retraite, et le protocole ne fait aucune mention de cet épisode, déplorable parce qu'il se passe en présence des Russes. Bourqueney tâche de calmer Buol, qui est d'abord réellement et qui, ensuite, fait semblant d être outré au dernier point. Avec tout cela la négociation avance et nous signerons, dimanche.

Vendredi 28. — Dans la séance d'aujourd'hui, la dix-septième, on fait la dernière lecture du texte du traité, qui est adopté Une longue discussion a lieu sur

la question de savoir si la guerre annule les traités entre les belligérants, ou si elle en suspend seulement les effets. Les plénipotentiaires russes tiennent extrêmement à cette dernière interprétation qui, si elle est admise, leur permettrait de revenir après la paix, peu à peu, à leurs anciennes prétentions d'ingérence en Turquie; mais ils sont obligés de céder. On passe ensuite à l'article sur les îles d'Aland. Pendant toutes les négociations les plénipotentiaires russes ont essayé de séparer cette question d'avec les transactions générales, afin de lui ôter son caractère européen. J'ai toujours insisté pour que la convention entre la France, l'Angleterre et la Russie, fût formellement annexée. Buol a combattu Orloff dans ce sens. Orloff lui dit : « A votre place, je n'aurais pas dit cela » , faisant allusion à l'ingratitude de l'Autriche. Glarendon appuie la demande de Buol au point de vue européen. A la place de Buol, j'en aurais fait autant. Enfin, on tombe d'accord sur tous les points. Le traité sera signé après-demain, dimanche de Quasimodo. Évangile de saint Jean; Jésus apparaît au milieu de ses disciples en leur disant : «La paix soit avec vous ! »

Samedi 29. — Dix-huitième séance. On lit et paraphe le traité général, que l'on intitule : Traité de paix et d'entente générale sur les affaires d' Orient, et ses annexes, qui sont la convention des bâtiments légers, des détroits et des iles d'Aland. Tous les plénipotentiaires sont de bonne humeur. Mais il y a des nuages entre Walewski et Buol, et je désirerais que ce dernier fût un peu moins raide. Dîner chez Villamarina avec la princesse

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