JE RIPOSTE A M. CAVOUR
se plaint de la mauvaise presse de Belgique et propose, pour bien terminer, une déclaration sur le droit maritime.
Clarendon entre dans un examen du gouvernement du Pape et en propose la sécularisation. Je crie : « >'on, non ! » et Buol aussi. Buol répond très bien, mais est trop cassant pour la France ; soutient que le congrès n'a qu'à s'occuper des affaires d'Orient: qu il n'a aucune mission de s'ingérer dans les affaires intérieures d'autres pavs, surtout en l'absence d'un représentant de ces pavs: fait une allusion à la presse piémontaise, etc. Cavour attaque 1 occupation des légations par les troupes autrichiennes et garde le silence sur l'occupation française. Moi, je riposte en maintenant la parfaite identité entre les occupations autrichienne et française et lui rappelle celle de Monaco par les Sardes, contrairement à la volonté du souverain, tandis que les Français et nous, nous sommes venus appelés par le Pape. Cavour se tait.
Waiewskî fait un résumé, laisse tomber la proposition d'un vœu à émettre par le congrès, insiste pour que léchange d'idées soit consigné au protocole. Étant abandonnés de tous les autres plénipotentiaires, ceux de l'Autriche ont dû s'y résigner, ou se retirer de la conférence, ce qui aurait été proclamer l'isolement de l'Autriche. Grand dîner chez moi : Buol, duc Decazes, Thiers, comte Duchàtel et beaucoup de membres du corps diplomatique.
Mercredi 9. — Travaillé chez Cowlev, avec lui et Bourqueney, à la rédaction du traité d'alliance avec la
France et l'Angleterre, prévoyant et établissant le cas de guerre comme conséquence d'une infraction du traité du 30 mars, conformément à ce qui était convenu dans le mémorandum du 14 novembre.
Vendredi 11. — Le courrier de Vienne est plutôt mauvais. L'Empereur est préoccupé de la situation de l'Autriche, après la paix; comprend que la Russie est implacable, devient méfiant, regarde du côté de la Prusse etde l'Allemagne. Werner, fidèle à son caractère, tourne casaque avec une naïveté charmante, et donne en plein dans la politique Hess-Bruck (l). On n'a fait à Vic*nne aucune démonstration pour célébrer la paix, ce qui a été exploité par le parti russe, comme une preuve et un aveu que c'est une mauvaise paix pour l'Autriche. Il est temps que Buoï retourne là-bas.
Samedi 12. — Réunion à six, chez Walewski : Buol, moi, Walewski, Bourqueney, Glarendon, Gowley. Notre projet de traité d'alliance entre l'Autriche, la France et la Grande-Bretagne, posant l'infraction au traité du 30 mars comme casus belli, est accepté avec de légères modifications recommandées par Buol. Cowley et moi, nous avions proposé un article secret, portant que la concentration de forces russes considérables sur l'une ou l'autre frontière de la Turquie et l'accroissement notable de bâtiments russes dans les eaux intérieures tributaires de la mer Noire appelleraient les délibéra-
(1) Le général Hess et le ministre des finances baron Bruck. Le baron Werner était chargé de la direction du ministère des affaires étrangères pendant l'absence de Buol.