LES RUSSES GAGNENT DU TERRAIN
tions des parties contractantes. Cet article, énergiquement défendu par Buol et Clarendon, n'est pas accepté par l'empereur Napoléon qui, en général, aimerait mieux que ce traité, prévu par le mémorandum du 14 novembre, ne fût pas conclu.
Le fait est que les Russes gagnent ici beaucoup de terrain; mais l'empereur Napoléon restera fidèle à l'alliance anglaise tandis que son entourage voudrait le pousser dans les bras de la Russie, dont les représentants sont, vis-à-vis de l'Empereur, d'une déférence, on pourrait dire d'une platitude inimaginables.
Aux Tuileries, grand festin dans la salle des Maréchaux. Cent quarante personnes en uniforme, assises autour dune table en fer à cheval. L'Empereur a, à sa droite Clarendon, et à sa gauche Buol; le prince Napoléon, à sa droite Orloff, et à sa gauche Aah pacha.
Lundi 14. — Le congrès tient sa vingt-troisième séance. Le protocole de la dernière, avec la discussion brûlante sur les affaires d'Italie, est accepté sans donner lieu à des réclamations. La déclaration sur le droit maritime est adoptée. Lord Clarendon, pour complaire aux amis de la paix, propose que le congrès émette le vœu qu'à l'avenir des États qui se trouveraient en dissentiment, avant de recourir aux armes, cherchent à aplanir les difficultés par les bons offices de puissances amies. Cette proposition, qui n'a aucune valeurpra tique, donne à M. Cavour l'idée de demander que le principe des bons offices préalables s'applique aussi aux cas d intervention contre des gouvernements de fait, et il cite, comme un exemple, l'intervention à Naples de 1. 27
l'Autriche, en 1821. Buol lui réplique avec ironie et beaucoup d'à-propos en disant que le plénipotentiaire de la Sardaigne attribue à l'Autriche un mérite quelle n'a pas; qu'il oublie que l'intervention de 1821 a eu lieu à la suite d'une entente entre les cinq grandes puissances en un congrès, et que l'accord entre les grandes puissances ne peut jamais former matière à observations, de la part d'un État de second ordre.
Mardi 15. — Aujourd'hui, à deux heures, nous avons signé le traité d'alliance entre l'Autriehe, la France et la Grande-Bretagne, déclarant casus belli toute infraction au traité du 30 mars.
Mercredi 16. — J'apprends, par le télégraphe, que l'Empereur m'a conféré la grand'croix de l'ordre de Léopold. Valentin Esterhazy, à Saint-Pétersbourg, et le pauvre Georges Esterhazy, à Berlin (qui est presque mourant) , ont reçu la Couronne de fer. Vingt-quatrième et dernière séance du congrès. Nous rédigeons définitivement la déclaration sur le droit maritime, qui est une bonne chose. Orloff propose des remerciements à Walewski. Les Russes ont, en effet, des motifs pour s'en louer. Enfin, à six heures et demie, on se sépare, tout le monde fort content, excepté Gavour, qui en définitive n'a rien obtenu (1).
Samedi 18. — Le congrès est dissous. Les plénipotentiaires, sauf ceux qui représentent leur gouverne-
1) C'est vrai; ce n'est que de l'attentat d'Orsini, 14 janvier 1858, que datent ses succès. (Paris, 1889.)