‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 182 sur 198 · LES MEMBRES DU CONGRES · texte numérisé non relu

LES MEMBRES DU CONGRES

ment à Paris, et le baron Brunnow, qui doit attendre ici I arrivée du nouvel ambassadeur de Russie, partent ou sont partis. De tous les membres de cet aréopage (1), le grand vizir Aali pacha est celui qui ma le plus impressionné par la portée de son esprit, 1 élévation de ses vues, 1 étendue de son horizon, par une dignité naturelle et simple; par la douce et profonde mélancolie qui voile parfois, sa spirituelle et mobile phvsionomie. G est le grand patriote condamné à assister à 1 autopsie, avant la mort, de sonpavs.

Le comte de Buol a dépassé mon attente. Sa position était difficile comme plénipotentiaire d'une puissance non belligérante, mais alliée de celles qui ont fait la guerre et remporté la victoire, et comme persona non (/rata aux "Tuileries à cause de son attitude lors de la reconnaissance de Napoléon III, et parce qu il est soupçonné, peut-être à tort, d'avoir empêché le mariage de l'Empereur avec la fille du prince de Wasa. 11 a dompté, autant que possible, son caractère irascible; il a iàché, sans toujours réussir, de ne pas être trop cassant, et dans plusieurs occasions il a imposé au congrès par une hauteur qui lui est naturelle et qui ne sied pas mal, dans certains moments, au premier représentant, non plus de la plus puissante, mais de la plus haute Cour d'Europe. Lord Clarendon est le type du diplomate anglais de l'école palmerstonienne. Il a toujours présente la puissance britannique, ne se gène pas de nommer les choses par leur nom et se fâche, tout de bon. à tout obstacle qu'il rencontre

(i; Je suis le seul survivant. [Paris, 1889.)

sur son chemin. Plusieurs fois, il a roulé ce pauvre Walewski de la belle façon.

Le comte Orloff s'est donné simplement et carrément pour ce qu'il est : un grand seigneur moscovite et l'homme de confiance de feu l'empereur Nicolas. « Des affaires diplomatiques, nous a-t-il dit avec trop de modestie, car il est très fin, je ne comprends rien; mais je crois comprendre ce qu'il faut à la Russie » , c'est-à-dire, ce que veut son Empereur. Il ne prit jamais part à la discussion, mais laissa parler Brunnowet se réserva seulement de dire, à la fin. «oui» ou «non» , «je cède » ou « je ne cède pas ». A sa situation et à son maintien répond son physique, celui d'un géant.

Le second plénipotentiaire russe, baron de Brunnow, depuis quinze ans ministre de l'empereur Nicolas à Londres, diplomate de métier, avec une légère teinte du tchinovnik ; dictionnaire ambulant des traités européens; compassé dans ses discours, poli, aimable, doucereux avec ses collègues; obséquieux envers son supérieur, qu'il ne quittait pas des yeux pendant qu'il pérorait au congrès; mais, hélas! souvent interrompu par un mot en langue russe, parfois arrêté tout court par un signe d'impatience du maître; le second plénipotentiaire de l'empereur Alexandre eut pour mission de défendre les prétentions, d'exposer les doléances de la Russie; de porter, enfin, à lui seul tout le poids de la discussion. Un jour, assis autour de la table verte, nous l'attendions pour ouvrir la séance. Je l'avais vu en venant dans la salle d'entrée, étendu sur un canapé, et évidemment très souffrant. J'en informai le comte Orloff. « Allons, disait-il, je m'en vais le quérir de

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