L'ARCHIDUC MAXIMILIEN
la duchesse Mamilton et le prince de Wasa. Je pars avec Son Altesse Impériale pour Kehl, et nous traversons le pont dans une voiture envoyée parle préfet du Bas-Rhin. L'entrée solennelle à Strasbourg, entre six et sept heures du soir, est magnifique. Le général Rewbell, commandant la 6e division, et le préfet reçoivent le prince de l'autre côté du pont. Toute la garnison sous les armes; toute la population, dont la tenue est excellente, dans les rues, aux fenêtres, sur les toits. Les bandes militaires jouent le Goit er halte; les drapeaux de l'Autriche et de la France flottent côte à côte du haut de la cathédrale. Des bouquets de fleurs pleuvent sur la voiture du prince, qui enchante tout le monde par sa grâce, son affabilité et l'expression de jeunesse et d'intelligence, qui le distinguent.
Diner à la préfecture, où l'archiduc est descendu, avec les autorités et l'excellent évèque de Strasbourg Mgr Rsess.
Mercredi 14. — Le prince fait l'ascension de la tour de la cathédrale et visite l'arsenal et l'église Saint-Thomas, où se trouve le beau monument du maréchal de Saxe par Pigalle, le tout par une pluie battante. Grand diner à la préfecture, pendant lequel on m'annonce l'arrivée d'un courrier de Tienne, qui m'apporte ma nomination et mes lettres de créance. Singulière coïncidence! G esta Strasbourg où, il y a vingt-cinq ans, j'ai pour la première fois foulé le sol de France en compagnie d'Overbeck.
Jeudi 15. — Journée de fatigue. Parti avec l'archiduc à six heures un quart de Strasbourg, par convoi
spécial, accompagné jusqu'à Saverne par le général Rewbell et le préfet du Bas-Rhin, et de Lunéville à Nancy par le général de Goyon.
A Nancy, déjeuner à la préfecture et visite des tombeaux des ducs de Lorraine. Quelle magnifique ville! C'est le dix-huitième siècle tout vivant.
A toutes les haltes, le prince est salué par les préfets ou sous-préfets, les généraux et officiers, la troupe, les tambours battant aux champs; par le clergé et des membres de la noblesse.
L'archiduc, charmant et gracieux pour tout le monde, fait son métier de prince admirablement.
Arrivés à Paris à six heures. L'archiduc est reçu par le prince Napoléon et par un grand nombre d'Autrichiens.
Vendredi 16. — A quatre heures, l'archiduc Max est venu me voir avec Mensdorff, Hadik, membres de sa suite, et avec Tarente, Cadore et La Grange, attachés à sa personne pendant son séjour en France. Grand diner de quatre-vingts personnes à Saint-Gloud : le vieux prince Jérôme, quoique à peine rétabli ; la princesse Malhilde, le prince Napoléon, tous les ministres, grands officiers de la couronne et leurs femmes, Troplong, Morny et toute l'ambassade. L'Impératrice n'a pas paru. Après le dîner, j'ai eu un entretien (l) avec l'Empereur, qui a duré près d'une heure, dans la petite bibliothèque, entre le salon et l'appartement occupé par l'archiduc. Nous avons parlé de l'Italie. «J'ai contracté une alliance
(1) Hiibner à Buol, 17 mai 41 A.
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avec l'Angleterre, a dit l'Empereur, et la participation à la guerre du roi de Sardaigne a donné à ce prince des titres à mes svmpathies et à ma reconnaissance. Je crains d'être entrainé parle courant; j'en ai horriblement peur. » Je lui ai dit que suivre une politique ang!o-piémontaise,ce serait se donner à la révolution : •» Vous seriez terrible, vous feriez à l'Europe autant de mal que vous lui avez fait de bien; mais vous ne feriez à personne plus de mal qu à vous-même. — G est vrai, a répondu 1 empereur Napoléon. C'est pour cela que je suis inquiet. — Voulez-vous opérer en Italie des changements territoriaux? — En aucune façon.
— Eh bien, alors, pourquoi ne nous entendrions-nous pas? — C'est ce que je me dis. L'Autriche et moi nous sommes si près de nous entendre. — Donneznous vos idées sur les conseils à faire parvenir aux souverains d'Italie et respectons leur indépendance.
— Nous en parlerons encore, disait lEmpereur. Je crains que l'Archiduc ne s ennuie » . — Après la soirée, longue causerie avec 1 archiduc, qui a eu un grand succès.
Mardi 20. — Travaillé dans la matinée. Spectacle à Saint-Cloud. Le prince Oscar de Suède, la reine Christine, l'Empereur au milieu, l'Impératrice, 1 archiduc, la princesse Mathilde ; derrière eux, les dames de la Cour et moi. Puis la suite. Du corps diplomatique il n'y avait que lady Cowley, Mme de Hatzfeld, Mélanie et Élise, et Mme Manderstroem. On donne une pièce un peu raide du Palais-Roval. Après le spectacle, petite causerie avec l'Impératrice.
Mercredi 21. — A six heures, l'archiduc a reçu le corps diplomatique dans mon cabinet, faisant asseoir les ambassadeurs, et recevant les ministres debout. On était en frac. Sont venus : le nonce, Mgr Sacconi; Dechemed Djemil, ambassadeur de Turquie; Lightenveldt, Grancy, Traun, Baumbach, Moltke, Wendtland; Ologaza, ambassadeur d'Espagne; Antonini, Lisboa, Rumpf, Rogier, Nerli, Reuss, Schweizer. ^lowley, étant malade, s'est fait excuser. Orloff et Brunnow n'ont pas demandé à faire leur cour au prince. Grande faute de leur part. Après la réception, dîner à l'ambassade. L'archiduc donne le bras à Mme de Bourqueney. Il y avait toute la suite de l'archiduc et le duc de Tarente, le marquis de Cadore, le marquis de Lagrange, Louis Karolyi, Edouard Karolyi et sa femme, comte et comtesse Nako, Casimir Lanckoronski, marquis Visconti, baron James Rothschild, en sa qualité de consul général d'Autriche. Après le dîner, toute la colonie autrichienne a été présentée, entre autres le comte Giulio Litta et sa jolie femme, Mme Nathaniel Rothschild, etc. Petit bal chez Morny. Ridicule conduite des Russes, qui se tiennent à l'écart pendant le séjour de l'archiduc.
Jeudi 22. — Aujourd'hui, à deux heures, j'ai fait mon entrée solennelle aux Tuileries et remis à l'empereur Napoléon mes lettres de créance comme ambassadeur. Feuillet de Gonches et un maître de cérémonies étaient venus à mon hôtel me chercher dans les voitures de la Cour, en grand gala. Nous passâmes sous l'Arc de triomphe et entrâmes dans la cour des Tuileries par la grille d'honneur, où il y avait double haie