LA GUERRE DES JOURNAUX
Moldavie. En Angleterre, on fait la même faute: mais là, on est plus en état de se passer des caprices.
Mercredi 5. — La guerre des journaux anglais et autrichiens avec les journaux français continue. Walewski est indigné du Times, qu'il dit être vendu à la Russie ! L'opposition anglaise prend parti pour l'alliance française. Avec un peu de prévoyance et de bon sens, les hommes d État (s'il y en avait dans les cabinets européens) auraient pu empêcher l'Europe de se fourrer dans cette impasse.
Jeudi 6. — Temps délicieux, mais froid. Au bois de Boulogne, avec mes fils Raphaël et Alexandre. 2sous parcourons les nouveaux sentiers, du côté du Pré-Catelan et de la Grotte de Longchamp. Tout cela semble, fait comme par enchantement. Le grand-duc héritier de Toscane dine chez moi avec les Walewski, prince et princesse Gzartoryski, fille de la reine Christine: les Hatzfeld, prince Poniatowski, prince San Giacomo, Lenzoni, comtesse Annette Apponyi et plusieurs membres du corps diplomatique, et tous les membres de l'ambassade. Le diner était bon, grâce à mon immortel chef Accard et bien servi.
Après diner longue causerie avec Walewski. Il se loue beaucoup de lord Granville, qui est parti avec la ferme résolution d'agir sur ses collègues dans un sens de conciliation. Le fait est que le langage de Walewski n'était pas conciliant, ces jours derniers. Le Constitutionnel le reproduit presque textuellement. Je crois qu'il s'est beaucoup trop avancé, et que l'Empereur ne
rompra pas avec l'Angleterre, ni avec nous. Pourquoi alors tenir des propos, même envers des diplomates de second ordre, qui font croire le contraire? Cette fois-ci, Walewski était plus sobre en paroles. Évidemment, il y a chez lui un revirement opéré par la connaissance qu'il doit avoir eue des idées de l'Empereur. Au reste lVrsigny, l'avocat zélé de l'alliance anglaise et l'ennemi morlel de Walewski, est à Gompiègne ; raison de plus pour ce dernier d'être circonspect.
Vendredi 7. — Le Moniteur donne un démenti à l'article du Constitutionnel. C'est un fait important et qui prouve que j'ai bien jugé l'Empereur. Walewski n'en sera pas fort content.
Samedi 8. — Le grand-duc héritier de Toscane vient me voir, reste une demi-heure et s'énonce très bien sur les affaires d'Italie.
Dimanche 9. — Le comte Revertera (1) , qui remplace Mulinen comme second secrétaire d'ambassade, arrive ce matin et m'apporte des dépèches du comte Buol, du 6. L'Autriche se maintient au sujet de Bolgrad sur le même terrain que l'Angleterre. Le traité de Paris a consacré le principe de la libre navigation du Danube, et il a été reconnu qu'il fallait, pour le sauvegarder, éloigner la Russie des bords de ce fleuve, et des lacs qu'il touche dans son parcours. C'est ce principe que nous maintiendrons. Si on veut, à Paris, reculer honora-
(1) Ambassadeur auprès de Léon XIII. Paris, mai 1889.