‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 189 sur 198 · POURPARLERS POLITIQUES · texte numérisé non relu

POURPARLERS POLITIQUES

jb'ement, et qu'on désire, à cet effet, réunir le congrès, nous ne nous y opposons pas ; si, au contraire, on veut par ce moyen nous imposer la volonté de la 'Russie et de la France, nous repousserons, aussi longtemps que possible, la réouverture des conférences. Buol me recommande de marcher d accord avec Gowlev. En même temps je reçois une lettre de Rodolphe Apponyi du 7. L'empereur Napoléon a bien positivement proposé la réunion de la conférence, sans engagement au vote par majorité. Clarendon ne repousse pas cette idée, et se concerte maintenant avec Buol sur la manière dont la question devrait être portée devant la conférence.

Lundi 10. — Diné au ministère des affaires étrangères avec le grand-duc héritier de Toscane, Hatzfeld, Lenzoni, Brenier. qui arrive de tapies. Walewski a changé de ton complètement. C'est la reculade la moins masquée qu'on puisse s imaginer. « On va proposer au cabinet anglais, m'a-t-il dit, l'arbitrage {dont on ne veut pas à Londres , ou la réunion de la conférence avec vote par majorité (quoique les Anglais aient déclaré mille fois qu'ils ne l'acceptent pas. Mais si, ajoute Walewski, il préfère la conférence, sans vote par majorité, nous ne nous y opposerons pas! » Il n'y a rien de bon comme d'avoir un fameux toupet.

Mardi 11. — A Chantilly, chez les Gowley, malgré un temps détestable. Après diner longue conversation avec Cowley, dont voici le résumé (1) :

1 Mutiner à Buol, 17 novembre. 95 A, secret.

Il était resté, à Compiègne, après mon départjusqu'à la fin du séjour de la Cour, et avait continué à causer avec l'Empereur, que j'avais déjà quitté fort ébranlé. Cependant, c'est Persigny, arrivé de Londres pendant le séjour de Compiègne, qui a complètement ouvert les yeux à son maître en lui faisant comprendre que l'alliance avec l'Angleterre se briserait si Bolgrad restait à la Russie grâce à l'appui de la France. L'Empereur a compris qu'on lui avait fait faire fausse route en profitant de son absence trop prolongée de Paris. Walewski, entraîné vers la Russie par de mauvais conseils ou par de mauvais motifs, avait tâché de l'engager de plus en plus dans une politique d'alliance russe, qui devait nécessairement l'éloigner de l'Angleterre et de l'Autriche. A ce sujet, et jusque-là, le succès de Persigny était complet; mais il a été plus loin et trop loin en voulant renverser Walewski du même coup. L'Empereur n'a pas renvoyé ce ministre parce qu'il ne voulait pas le sacrifier à l'Angleterre, qui avait déjà renversé Drouyn de Lhuys. Il le blâma donc rudement, mais il le garda, et comme Walewski a la peau dure et tient beaucoup à sa place, il n'y a aucune raison pour qu'il ne reste pas encore longtemps, bien que privé de la confiance de son maître.

L'expédient choisi par l'Empereur pour décider l'affaire de Bolgrad dans le sens de l'Autriche et de l'Angleterre, sans avoir l'air de manquer à ses engagements avec la Russie, est celui-ci : il engagera secrètement Gavour à voter avec l'Angleterre et l'Autriche contre la France, ce qui nous donnerait la majorité!!!

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