‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 191 sur 198 · RAPPORTS A MON MINISTRE · texte numérisé non relu

RAPPORTS A MON MINISTRE

Il m'a dit que, quelle que soit la marche politique de nos Cours, il comptait et désirait entretenir de bons rapports avec moi.

J'écris à mon ministre (1) : « Les rapports de Paris et de Londres, que vous apporte mon courrier, seront pour vous le sujet d'une grande satisfaction, parce qu'ils constatent l'abandon de la part de l'Empereur d'une politique contraire à l'esprit du traité d'alliance du 15 avril.

« Quant à Walewski, sa situation n'est rien moins qu'agréable, mais il est resté debout. II a, ce qu'on dit vulgairement, branlé dans le manche; mais l'Empereur ne la pas laissé tomber, d'abord parce qu'on aurait dit que c'est l'Angleterre et, cette fois-ci, l'Autriche et l'Angleterre qui renversent ses ministres, et puis parce que ce prince déteste les revirements. De plus il y a en lui un mélange de bonhomie, d'incurie, d'indolence même, qui font qu'il se décide, très difficilement, à renvoyer un ministre, surtout quand il tient à lui par les liens qui l'unissent à Walewski et à Morny, et que ces messieurs aiment à laisser entrevoir : Tace et mémento. Que Walewski ait perdu, en grande partie, la confiance de son maitre, c'est ce qui ne fait pas doute; mais il aime à être ministre à tout prix : pourquoi ne le sera-t-il pas alors longtemps encore?

«Pour ma part, j'ai évité soigneusement de m'établir en antagoniste de Walewski, que je juge absolument comme vous. J'ai pensé qu'il valait mieux abandonner à d'autres le soin de l'attaquer auprès de l'Empereur. Je me suis en revanche appliqué à faire connaître à Sa

(1) Hiibner à Buol, 16 novembre. Lettre particulière.

Majesté les faits et les choses, ce qui n'a pas peu contribué à lui ouvrir les yeux sur les personnes. Moins nous nous montrerons hostiles, moins il durera.

« Gomment s'expliquer sa conduite? 11 vaut la peine de résoudre cette question. Dans mon opinion, et lord Cowley la partage entièrement, l'empereur Napoléon n'avait aucune idée que son ministre allait le brouiller avec l'Autriche et l'Angleterre, et que celui-ci ne visait à rien moins qu'à remplacer l'alliance du 15 août par de nouveaux liens avec les Russes. L'Empereur a été, il est vrai, en coquetterie avec la Russie; il a pu vouloir se faire à Saint-Pétersbourg une position à part; le rôle d'être le conseiller privilégié à Turin, à Madrid, à Berlin, à Gonstantinople lui souriait beaucoup; mais je ne pense pas, je le répète, qu'il ait songé à de nouvelles combinaisons politiques. En se rendant à Plombières et à Biarritz, il comptait soigner sa santé et s'amuser, en abandonnant à Walewski la conduite des affaires étrangères. Grands ont été son étonnement, son indignation lorsque à son retour il apprit comment ce dernier avait usé et abusé de sa confiance. Il ne ménage pas son ministre vis-à-vis des ambassadeurs d'Autriche et d'Angleterre. Néanmoins, lui et l'Impératrice continuent à traiter M. et Mme Walewski avec distinction. Des personnes fort bien informées m'assurent que l'Empereur n'aime pas Walewski, mais que celui-ci lui impose par son audace, et que 8a Majesté aime à éviter des discussions avec ses ministres. Mais si ce n'est pas par ordre de son maître que le comte Walewski s'est livré à la politique abandonnée depuis le retour de l'Empereur, comment a-t-il pu oser s'engager daus cette voie, de quelle

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