‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 192 sur 198 · LE CERCLE DE L'UNION · texte numérisé non relu

LE CERCLE DE L'UNION

autorité, dans quel but, avec laide de qui? C'est ce que j'ignore. J ai oublié de vous dire que l'Empereur est peu content de M. de Mornv, qui se livrait à Saint-Pétersbourg à un travail hostile à l'Angleterre. L'Empereur a montré des rapports de cet ambassadeur à lord Cowley, qui en a été outré.

» Le marquis Antonini. avec lequel jai toujours entretenu de bons rapports, est venu m'annoncer d un air fort embarrassé qu'il avait l'ordre de confier au ministre de Prusse le soin des affaires et des intérêts des sujets napolitains en France. C'est un des mille symptômes que le roi de tapies cherche son appui partout, excepté là où il le trouverait tout naturellement. »

Lundi 17. — Chez Walewski, qui a l'air un peu embarrassé: mais il veut rester ministre to the last. Dîner au club de 1 Union avec Blome. Ce nouveau local, 2. boulevard de la Madeleine, est joli et bien arrangé. Le terrain, la construction de la maison (fort petite) et l'ameublement ont coûté 1,300,000 francs.

Mardi 18. — Une matinée tranquille. Visite de l'évéque catholique de Patna, sur le Gange, en Hindoustan, né à Vienne. Passé quelques heures à fouiller dans de* portefeuilles qui contiennent mes dessins du temps de mon enfance, Ganz Wehmùthigl Hatzfeld dine chez moi et reste pour la soirée. Mon fils Alexandre, comme toujours, est le loustic de la famille.

Vendredi 21. — Chez Walewski. Les pourparlers avec Londres ne font aucun progrès. Le ministre

porte de nouveau la tête haute et peste contre Persigny.

Samedi 22. — Souffrant. Visite de lord Cowley. Mon excellent collègue d'Angleterre ne me paraît pas d'assez mauvaise humeur pour justifier les airs de triomphe de Walewski.

Lundi 24. — Travaillé toute la journée et recommencé à dessiner. Chez la princesse de Lieven dans l'avantsoirée, avec M. Guizot, Dumont et Montalembert. Ensuite chez Walewski, où il y a grande soirée : la princesse Mathilde, Mme Lehon, les ambassadeurs de Russie et d'Espagne, etc. Kisseleff me fait trop de mamours. Ces Russes ne peuvent pas être simples. « Soyons amis, China! » me disait-il entre autres; puis il me parlait d'affaires auxquelles il n'entend rien.

Mercredi 26. — Des félicitations et cadeaux des enfants pour mon anniversaire : quarante-cinq ans accomplis!

Jeudi 27. — Visite de lord Cowley, qui me fait lire une dépêche de Clarendon du 25, servant de réponse à la dépêche française du 8 novembre, et contenant les propositions suivantes : le cabinet anglais consent à la réunion de la conférence (avec vote par majorité) sur la simple question : quel est le Bolgrad que le congrès a cédé à la Russie? ou bien il propose un arrangement de cabinet à cabinet. L'Empereur se décide pour la réunion de la conférence, c'est-à-dire pour la première des deux propositions anglaises.

DÉPÊCHES DE VIESSE 455

Vendredi 28. — Le courrier Steidl arrive dans la nuit, et m'apporte des dépêches et une lettre particulière de Buol qui, toujours plein de rancune et de méfiance à l'égard du gouvernement français, se trouve, évidemment, encore sous l'empire des impressions personnelles qu'il a emportées d'ici, et qui n'étaient pas favorables.

DÉCEMBRE

Samedi 4". — J'envoie Ottenfels à Chantilly, pour s'aboucher avec Go wlev. Le soir chez Walewski, qui me dit que la France et l'Angleterre, étant tombées d'accord sur la réunion de la conférence, il écrirait une circulaire (1) aux représentants français auprès des Cours signataires, pour proposer la réunion de la conférence.

Mardi 2. — Chez Walewdri, pour lui dire qu'il eût été plus conforme à l'esprit du traité du 15 avril, de s'entendre d'abord aussi avec l'Autriche, et de prendre pour point de départ de la circulaire l'entente préalable entre les alliés du 15 avril. Il répond par des explications confuses et insignifiantes, et me dit à la fin, en toutes lettres, que le comte Buol, ayant répondu à toutes ses propositions, qu'il devait d'abord s entendre avec l'Angleterre, il en avait fait autant de son côté. Voilà les conséquences de cette manière de faire les affaires, en blessant tout le monde; de ces colères vraies ou factices, de ces malheureux bons mots, qui irritent sans convaincre: Enfin, patience.

(1) Hùbner à Buol, 5 décembre, 101 C.

Mercredi 3. — Visite du prince Soutzo, membre du ministère valaque. Cette ville de Bucarest semble être un nid d'intrigues.

Jeudi 4. — Le télégraphe nous mande que les séquestres apposés sur les biens des réfugiés lombards ont été levés par décret de l'empereur François-Joseph le 2 décembre, anniversaire de son avènement. En même temps, quatre-vingt-dix condamnés politiques ont été complètement graciés.

Vendredi 5. — Chez Walewski, qui me dit que, par suite de nos observations, Bourqueney a été autorisé à ne pas produire la circulaire française du 2, mais à faire verbalement l'invitation à réunir la conférence.

Des troubles ont éclaté en Sicile. Ils ont été facilement réprimés. Les insurgés ont été dispersés par la troupe. Il paraît que leur cri de ralliement a été : «Vive le prince héréditaire, vive la constitution de 1812 ! »

Samedi 6. — Un temps de printemps délicieux. Passé la soirée aux Tuileries, dans l'appartement de l'Impératrice. Il y avait la princesse Mathilde, le comte de Wurtemberg, la princesse Essling, les Cambacérès et les personnes de service. J'ai présenté la comtesse Annette Apponyi (1), devenue presque aveugle. J'ai causé presque toute la soirée avec l'Impératrice, qui était fort en beauté et très en train. L'Empereur m'a pris à l'écart dans le cabinet de l'Impératrice, à côté du

(1) Fpvnnie de l'ambassadeur d'Autriche à Londres.

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