‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 193 sur 198 · LES INSURGÉS DE SICILE · texte numérisé non relu

LES INSURGÉS DE SICILE

salon, où j'ai déjà eu avec lui tant de conversations, souvent fort animées (1).

L'empereur Napoléon m'a félicité à l'occasion des actes de grâce de l'Empereur. Il en était heureux, m at-il dit. Puis il s'est mis à causer avec un grand abandon, ce qui lui arrive rarement. 11 admet le droit de l'Autriche de donner des conseils aux rois de Naples, qu'elle a ramenés deux fois dans leur capitale. Il regrette que le Pape, qu'il aime beaucoup, ne puisse pas faire certaines réformes. « A ce sujet, dit-il, il y a maintenant, et il y avait déjà sous le règne de Louis-Philippe, parfaite identité de vues entre l'Autriche et la France. Dans l'État du Pape, il se passe des choses incrovables. Ainsi, près de Bologne, un chien est condamné à mort, et à Ancone le délégat rend une ordonnance portant que tout jeune homme qui fréquente une maison où il y a une jeune fille est tenu de l'épouser. C'est le gouvernement des prêtres. Il n'y en a pas beaucoup, il est vrai ■ mais il y en a à la tète du gouvernement, et ils confondent l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle. »

II me dit que les insurgés de Sicile mettent sur leurs proclamations les drapeaux de France et d Angleterre, ce qui lui est fort désagréable. " Vous ne pouvez pas désirer, sire, que les Anglais s'établissent en Sicile, et nous ne désirons pas que les Murât retournent à tapies. — Et moi non plus; mettez une planche, et j v passerai avec une voiture » , indiquant ainsi son désir de se réconcilier avec le roi.

Nous avons ensuite parlé des affaires d'Orient. Pour

(1) Hiibncr à liuol, 9 décembre, 102 A.

satisfaire BuoI (l), je lui ai rappelé son engagement, pris vis-à-vis de ce dernier, lors des débats du congrès sur la délimitation, de ne pas s'écarter du principe relatif au système de défense de la Turquie. Gomme les souverains n'aiment pas qu'on cite leurs paroles pour les mettre en contradiction avec eux-mêmes, et comme le raisonnement de Buol n'était pas concluant, puisque Napoléon III nie précisément que la cession à la Russie du nouveau Bolgrad soit préjudiciable à la Turquie, au point de vue de son système de défense, je n'ai fait que contrarier mon interlocuteur, qui avait l'air de mauvaise humeur et n'a rien répondu.

Il est toujours très porté pour la réunion des Principautés, qu'il prétend être le vœu unanime des populations.

Dimanche 7. — Walewski travaille maintenant à décider la Sardaigne à s'abstenir de voter et d'en venir ainsi à une transaction favorable à la Russie, au sujet de Bolgrad.

Le 30 novembre dernier, les jésuites, supprimés en Autriche en 1773, ont pris possession de leur ancienne église à Vienne, que Ferdinand II avait, en 1622, bâtie pour eux sous l'invocation de la sainte Vierge, de saint Ignace et de saint François-Xavier. Ainsi cette compagnie est rentrée dans la capitale de l'Autriche, après un exil de quatre-vingt-trois ans.

(1) Buol à Hubner, 30 octobre, n» 1; le même au même, 26 novembre, n° 1; Hubner à Buol, 9 décembre, 102 B.

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