‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 194 sur 198 · VII.I.AMARINA VA A TURIN · texte numérisé non relu

VII.I.AMARINA VA A TURIN

Mardi 9. — De grand matin chez Cowley (1) ; tout est sens dessus dessous. Ayant conformément à mon conseil interpellé 1 Empereur, il l'a trouvé vacillant, fortement travaillé par Walewski et Mornv. et très irrité contre l'Angleterre, qu il soupçonne d'avoir des arrièrepensées et de laisser sa flotte dans la mer Noire, avec l'intention d'intimider la Perse. L'Empereur ne veut pas donner gain de cause à la Russie sur Bolgrad ; mais il voudrait lui ménager une compensation, ce qui est contraire à l'engagement qu il a pris avec l'Angleterre, à savoir que, s il y a vote de majorité, il ne peut plus y avoir compensation. Par conséquent Cowley me prie d'écrire, par télégraphe, à Buol, pour l'engager à ajourner son adhésion à la convocation de la conférence, jusqu'à ce que nous ayons obtenu de la certitude sur la conduite que la France compte tenir dans cette réunion. L'Empereur a envové Villamarina de Compiègne à Turin, parce qu il veut qu il n'v ait rien d écrit sur cette transaction. 11 la chargé de dire à Cavour : ■ Votre gouvernement me rendra service en votant contre moi, et avec l'Angleterre et l'Autriche. »

Maintenant, il parait que Walewski remue ciel et terre pour décider la Sardaigne à déclarer dans la conférence qu'elle s'abstiendra de voter, ce qui nous obligerait d'en venir à une transaction avec la Russie.

Mercredi 10. — Chez Cowley (2). Évidemment les Russes ont obtenu connaissance de la démarche secrète

(1 Hubner à Buol, 9 décembre, 102 C, réservé. (2) Hiibaer à Buol, 10 décembre, 103, chiffré.

que l'Empereur a faite à Turin pour engager le gouvernement piémontais à voter contre la Russie et contre la France. De là, ses alarmes; de là, son irritation contre les Anglais et contre Persigny, qu'il accuse de l'avoir engagé dans cette voie. De là, l'ascendant gagné de nouveau par Walewski, qui tire parti du fait, que c'est en agissant à son insu et en suivant les conseils de son antagoniste, que l'Empereur s'est mis dans l'embarras. Une dame de l'intimité de la Cour vint me voir. Elle sortait de chez l'Impératrice, qu'elle a trouvée fort irritée contre les Anglais, mais mécontente aussi de la Russie. « Les Anglais, a-t-elle dit, nous martyrisent depuis le mois de mai, à cause de nos prétendues sympathies pour la Russie, et les Russes ne sont rien moins que polis avec nous (!!). On veut donc isoler l'Empereur? »

A quatre heures, reçu une dépêche télégraphique de Buol (1) en réponse à la mienne d'hier. Il me charge de dire à Cowley et à Walewski « qu'il ne m'expédiera la réponse officielle à l'invitation de réunir la conférence , que quand la question sera résolue conformément au sens du traité » . Ceci n'est pas clair. En attendant, la réunion se trouve suspendue et c'est tout ce qu'il nous i'aut, afin d'avoir le temps de déjouer les intrigues de Walewski et de nous assurer positivement de la Sardaigne.

Vendredi 12. — Chez Cowley (2), avant le déjeuner. Il devait aller chez Walewski. Évidemment un rappro-

(1) Buol à Hiibner, 10 décembre, télégramme.

(2) Hiibner à Buol, 12 décembre, 105 R. réservé.

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