‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 195 sur 198 · UNE NOUVELLE PROPOSITION 4G · texte numérisé non relu

UNE NOUVELLE PROPOSITION 4G

chement a lieu entre Paris et Londres. De chez Walewski, Cowley vient chez moi pour me dire que celuici a vu hier longuement l'Empereur; qu'il lui a parlé, à lui, Cowley, de la nécessité de s'entendre sur toutes les éventualités, et qu'il en est arrivé à une nouvelle proposition (que j'avais depuis longtemps émise et considérée comme la plus politique) : la Russie renonce à ses prétentions sur nouveau Bolgrad et on négocie avec elle pour obtenir son consentement à ce que le delta (du Danube) soit cédé à la Turquie, au lieu de la Moldavie; ce sera une modification de l'article 21 du traité de Paris ; mais en retour on lui donnera une compensation. Cowlev s'est engagé à faire connaître cette proposition à son gouvernement, et je me suis appliqué à lui recommander cette combinaison, en faisant observer qu'on devait renoncer à la réunion de la conférence, ou au moins au vote de majorité. Je me rendis, aussitôt, chez Walewski qui, sans parler de l'ouverture qu'il venait de faire à Cowley, me dit la même chose, et entra fort avant dans l'idée de ne pas avoir de vote, et de se réunir cependant en conférence, quand on serait convenu de tout entre nous et avec la Russie. En ce qui concerne la concession territoriale à lui faire, Walewski se chargerait de la négociation avec Saint-Pétersbourg; mais la proposition en conférence devrait être faite par l'Autriche, de sorte que la conférence ne serait plus qu'une affaire de forme.

Il y a, évidemment, le désir réciproque, à Paris et à Londres, de s'entendre. Voilà comment je m'explique ce revirement.

L'empereur Napoléon comprend que se séparer de

l'Angleterre et de l'Autriche serait sa ruine. Les Anglais comprennent qu'ils ne peuvent le pousser au désespoir, c'est-à-dire le jeter dans les bras de la Russie et, comme il ne veut pas se séparer de Walewski, les ministres anglais font la paix avec celui-ci afin de faire avec lui leurs affaires.

Samedi 13. — Chez Cowley. Villamarina lui montre une lettre de Cavour du 8, d'où il résulte que Walewski et Gramont remuent ciel et terre pour décider Cavour à s'abstenir du vote et à proposer une transaction au sujet de Bolgrad ! ! Cavour écrit qu'il est indigné et maintiendra sa promesse, faite à l'empereur Napoléon, de voter contre la France ! !

Lundi 15. — Dans la soirée chez Walewski. Il me dit qu'il a beaucoup réfléchi sur mon idée de supprimer tout à fait le vote de majorité ; qu'il entre complètement dans ma pensée à ce sujet; qu'il s'agit, avant tout, de tomber d'accord avec Londres et Vienne sur la compensation territoriale à offrir à la Russie, en échange de son consentement à une modification du traité au sujet du delta ; enfin, que le cabinet anglais ne s'est pas encore prononcé, mais qu'il semble disposé à entrer dans cette voie.

Dimanche 14. — J'écris à Buol aujourd'hui sur la situation, en terminant par le post-scriptum que voici (1) : « Mon collègue d'Angleterre a reçu aujourd'hui une lettre particulière de lord Clarendon. Celui-

(1) Hiihner à Buol, 14 décembre, lettre particulière.

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