LES RAVAGES SDR LES BOULEVARDS M
victoire. Louis-Napoléon est devenu le raaitre de la France. Il lest devenu avec et par l'armée. En juillet 1830, c'est la bourgeoisie qui a vaincu; en février 1848, le peuple; le 5 décembre 1851, l'armée. Nous voilà arrivés au Mexique !
Vendredi 5. — Ce matin quelques petites barricades, au nord du boulevard Montmartre, furent occupées par la troupe sans coup férir, et maintenant Tordre est rétabli partout. J'ai passé la matinée à dicter à mes secrétaires un long rapport sur les événements des derniers jours. Mes informations se fondent sur ce que j'ai vu et entendu moi-même et sur les renseignements recueillis par Ottenfels et Richard Metternicb qui, à l'exemple de leur chef, ont, pendant qu'on se battait, parcouru les quartiers où des rencontres ont eu lieu. Comme moi ils ont vu beaucoup de troupes, beaucoup de badauds et fort peu d émeutiers.
Samedi 6. — Le temps, humide et doux pendant les quatre journées du coup d État, s est mis au beau et au froid, et les boulevards regorgent de promeneurs avides d'inspecter le théâtre des combats, si on peut parler de combats. Mais, certainement, les maisons de ces quartiers riches et élégants montrent les traces d'une pluie de balles et de boulets. Les ravages commencent près des rues du Helder et de Grammont et s étendent jusqu'au delà de la porte Saint-Martin. C'est à grand peine que je pénètre les masses, dirigeant mes pas vers la place Saint-Georges et la rue de la Grange-Batelière pour rendre des visites de condo-
léance à deux dames que le coup d'État a privées de leurs maris, Mme Thiers et Mme Roger (du Nord). Au reste, M. Thiers a été mis en liberté ce soir. Avec Richard de Metternich, dans une loge aux Italiens. La salle est presque vide, et c'est surtout le public élégant qui brille par son absence.
On calcule le nombre des tués à deux mille sept cents. Ce chiffre est peut-être exagéré; mais ce qui ne fait pas de doute, c'est que les curieux forment la majorité des morts et que la troupe a fait usage de ses armes brutalement et sans le moindre discernement. Il est aussi avéré que les barricades ont été toutes évacuées à la première décharge. Les chefs des sections avaient compté sur l'ouvrier, mais l'ouvrier n'a pas voulu descendre dans la rue.
Dimanche 7. — La princesse de Lieven s'est métamorphosée en fervente Élyséenne. Ses amis de la veille, les chefs parlementaires consternés ou emprisonnés, ne paraissent plus dans son salon, où ce soir de dimanche on ne voit que des dames russes en grand nombre, et, dans un coin, seul et délaissé, M. Guizot. Ce qui m'amuse, c'est la naïveté avec laquelle la princesse convient de sa versatilité et le sans-gêne avec lequel elle l'affiche.
Lundi 8. — Les nouvelles des départements sont mauvaises. Dans le Centre (Nièvre, Saône-et-Loire, Cher, etc.), des mouvements rouges. Dans le Midi (Gard, Var, Hautes et Basses-Alpes), des jacqueries d'un caractère féroce. Mais la répression se fait éner-