LE PANTHEON RENDU AU CULTE
giquement et efficacement. Le soir, réception du corps diplomatique et de tutti quanti à l'Elysée. Le Président est rayonnant. Thiers, arrêté de nouveau, est dirigé sur Kehl.
Mardi 9. — Fould a repris le ministère des finances. J'ai diné chez lui avec les deux héros du jour, les généraux Saint-Arnaud et Magnan. Saint-Arnaud a une physionomie parlante et, jusqu'à un certain point, les manières du monde : le gentleman douhlé de 1 aventurier. Magnan est simplement troupier et a l'air commun.
Vendredi 12. — Le Panthéon a été rendu au culte; Montalemberta fait sa paix avec le Président. Le clergé, à l'exception des éléments strictement légitimistes, se prononce en faveur du nouvel ordre de choses. La coterie Broglie et, en général, les doctrinaires sont furieux, les légitimistes embarrassés, Falloux et ses amis faibles et indécis. Lord Normanby blâme hautement le coup d État et en est réprimandé par lord Palmerston qui affecte et, de toute façon, affiche une entière confiance dans le nouveau maitre de la France. Les organes de Louis-Napoléon, le Constitutionnel et la Patrie, dirigent tous les jours des attaques brillantes et très fortes de logique contre le système parlementaire, mais sont d'une faiblesse pitovable dans la défense de la constitution de Tan VIII dont le Président compte doter la France. Tous les journaux hostiles au gouvernement ont été supprimés. Je le conçois, dans les circonstances données. Entre les coups d'Etat et la
liberté de la presse il y a incompatibilité de caractère. Mais ce qui est imprudent, et en même temps révoltant, c'est cette polémique virulente contre les partis vaincus auxquels on a violemment fermé la bouche.
Dimanche 14. — Dîné chez Valdegamas avec Montalembert, Drouyn de Lhuys, le duc de Broglie, son (ils Albert et quelques dames. Mais ce n'était pas un diner, c'était une bataille. Par le temps qui court il faut renoncer à réunir autour de sa table des hommes politiques qui ne sont pas tous de la même couleur.
Mercredi 17. — Depuis vingt ans, Louis Bonaparte a rêvé son avènement au trône de son oncle. Le voilà à peu près arrivé, avec son sac de voyage tout plein de projets élaborés pendant de longues années de prison et d'exil par cet esprit inquiet, rêveur, fantastique : projet de constitution, projets de lois de tous genres, tous imbus de traditions impérialistes et de doctrines révolutionnaires puisées dans les sectes secrètes dont il était et est encore un membre. Avec cela, il n'est pas dépourvu d'instincts conservateurs. Ceux qui arrivent au pouvoir ne le sont jamais. Gela explique l'état d'hésitation et de trouble où il se trouve maintenant, à en croire les indiscrétions des personnes de son intimité. Il y a des heures, me dit-on, où il ne rêve que guerres et conquêtes. Il sera un second Napoléon Ier. Il y en a d'autres où les douceurs d'un règne paisible avec toutes sortes de jouissances lui sourient. Mais ceci suppose, de sa part, un gouvernement conservateur, fait pour rassurer les anciens