‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 22 sur 198 · LE PLEBISCITE · texte numérisé non relu

LE PLEBISCITE

souverains et pour les disposer à l'admettre comme un des leurs. Il a déjà fait un pas dans cette direction en se montrant favorable à l'Eglise. Il faut donc, il me semble, l'encourager à continuer dans cette route. Certes, comme Bonaparte et comme carbonaro, doublement fils de la Révolution, l'issue d'une conspiration militaire ne pourra jeter les fondements d'une monarchie conservatrice. Mais on pourra le contenir pendant quelque temps, sinon pendant la durée de son règne, ce qui est encore possible. C'est dans cet ordre d idées que je travaille, par l'intermédiaire de Flahaut, qui entre dans mes vues, à lui faire comprendre qu'il est de son intérêt d'inspirer de la confiance à l'Europe, de faire oublier ce que son avènement a d irrégulier et d inquiétant et, à cet effet, de donner à son pays des institutions aussi conservatrices que possible.

Dimanche 21. — Le Président m'a fait demander par Flahaut nos règlements sur les passeports, que je lui ai envoyés. Morny me parla longuement sur la situation. C'est la tète la plus sensée de l'ÉIysée.

Lundi 22. — Vers le soir nous apprenons les premières nouvelles du plébiscite. Sur huit électeurs sept ont voté pour le Président.

Mercredi 24. — Veille de Noël. — Une journée riche d'événements. Je les résume dans une dépêche télégraphique au prince de Schwarzenberg ainsi conçue : « L'élection du Président assurée, lord Palmerston

renvoyé, la reine d'Espagne aceouchéc dune héritière (1) . »

Ce matin le duc de Richelieu est venu chez moi pour demander mon intervention auprès du Président afin d'empêcher la dissolution de notre cercle de l'Union qui doit avoir lieu incessamment sur l'initiative et par ordre exprès de Louis-Napoléon. Dans le courant de la journée le fait m'est confirmé par un fonctionnaire de la préfecture de police. Gomme j'avais l'occasion de voir le Président avant diner, je me suis permis de l'interpeller sur cette matière. Il avait l'air surpris, mécontent; mais il me laissa parler sans m'interrompre. Je lui ai dit que certainement les membres de ce cercle, dont la majorité portait les plus beaux noms de France et où l'on rencontrait aussi des membres du corps diplomatique et quelques étrangers de distinction, n'étaient pas tous de ses amis; mais que c'étaient tous des gens bien élevés, qui ne disaient jamais rien qui pût embarrasser les ministres étrangers accrédités auprès de lui; que c'était un club essentiellement aristocratique et que sa suppression, au début de la nouvelle présidence, pourrait être mal interprétée dans les cours étrangères. Après un court silence, Louis- Napoléon me dit :

« Mais de qui avez-vous cette nouvelle? Elle est complètement inexacte. Je n'ai jamais songé à une semblable mesure (2). » Nous avons ensuite longue-

(1) L'infante Isabelle, mariée en 1868 avec le comte de Girjjenti, veuve en 1871.

(2) Les choses en sont restées là, et l'Union fleurit encore aujourd'hui. Paris, mai 1889.

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