‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 25 sur 198 · PUBLICATION DE LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

PUBLICATION DE LA CONSTITUTION

Autour d'une table énorme on ne voit que des satisfaits ou plutôt des gens qui comptent sur toutes sortes de satisfactions. C'est le bénéfice des pouvoirs nouveaux de faire miroiter toutes sortes de félicités. C'est leur lune de miel. Tout le monde espère. De chez Maupas chez la duchesse de Galliera. Quel brusque changement d'atmosphère!

Jeudi 15. — Ce matin, la constitution a été publiée au milieu de l'indifférence parfaite du public. C'est une imitation de la constitution de l'an VIII. avec cette modification que le Corps législatif est nommé par le suffrage universel. Immédiatement après le coup d'État, Louis-Napoléon m'avait dit qu'il lui fallait la confirmation du peuple au moyen d'un plébiscite, mais qu'il n'aurait garde d'introduire ce principe dans la constitution qu'il comptait octroyer au pays. « Je veux bien être baptisé avec l'eau du suffrage universel, mais je n'entends pas vivre les pieds dans l'eau. » Il s'est exprimé dans le même sens envers le comte de Montalembert. Je vois qu'il s'est ravisé dans la dernière heure.

À diner chez la marquise de Caraman,j'ai rencontré Duchàtel, et j'ai une fois de plus pu admirer le bon sens et le calme de l'ancien ministre du roi Louis-Philippe.

Samedi 17. — Rechberg m'écrit que le prince Félix bchwarzenberg a eu un accès de vertige. Cette nouvelle me démoralise pour le reste de la journée.

Dimanche 18. — Grand diner officiel chez moi : le maréchal Exelmans ; Morny (intérieur) ; Fould (finances);

Fortoul (instruction publique) ; Baroche, vice-président du Conseil d'État; Drouyn de Lhuys, d'Argout, duc de Mouchy, Hatzf'eld, Kalimaki, Thouvenel, Persigny; Maupas, ministre de police; Thayer (postes); Grétrin, (douanes), etc. Morny, préoccupé et taciturne, me confie à la fin qu'il a lieu d'être mécontent du prince, qui médite l'entrée au ministère de Persigny. Ce dernier, au contraire, est d'une gaieté folle, ce qui semblerait justifier les appréhensions de son ennemi intime.

Mardi 20. — Diné chez Drouyn de Lhuys et passé la soirée chez les Saint-Aulaire et la duchesse d'Istrie. Tout le monde parle crise ministérielle. Turgot, que j'ai vu ce matin, était dans ses petits souliers.

Jeudi 22. — Diné chez le duc Decazes avec Saint- Aulaire et plusieurs Élyséens; parmi eux Baroche et les généraux d'Hautpoul et La Hitte. Morny a donné sa démission. C'est la nouvelle du jour.

Vendredi 23. — La confiscation des biens de la famille d'Orléans, généralement blâmée, même par des amis du Président, et énergiquement mais vainement combattue par Morny, a donné lieu au revirement ministériel qui est aujourd'hui un fait accompli : Persigny, parfaitement ignorant en matière d'administration, remplace Morny à l'intérieur. Abbatucci est nommé garde des sceaux; Casabianca ministre d'État.

Samedi 24. — Bal aux Tuileries, où je n'avais plus mis les pieds depuis le règne de Louis-Philippe. J'y ai

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