VISITE DU GENERAL DE HAYNAU
pire est déjà parfaitement organisé. Dans mes causeries intimes avec le prince, avec Drouvn de Lhuvs et surtout avec Fould, qui a le plus d'autorité en ce moment-ci et est un esprit sage, afin de contenter Buol je répète à satiété et en pure perte tous les arguments bons ou mauvais, et de toute façon impuissants, que notre nouveau ministre des affaires étrangères m'a suggérés pour combattre ou pour retarder, ou du moins pour rendre inoffensif, rétablissement du second Empire. - vaines remontrances coïncident avec le projet de mariage manqué (ou qui manquera certainement) du Président avec la princesse de Wasa. Louis-Napoléon est convaincu que c'est l'archiduchesse Sophie, aidée par Buol, qui crée des difficultés.
Samedi 28. — Le général baron de Havnau, dont le nom se rattache à la dernière insurrection de Hongrie. est venu dîner chez moi. Comme il est en butte à des persécutions et complots révolutionnaires, le gouvernement français, pour le protéger, le fait garder à vue. En effet, pendant qu'il me rend visite, mon hôtel est toujours entouré de voitures remplies d'agents de police. Le général, qui est le composé d'un héros, d'un bourreau et d'un bouffon, me les fait voir de la fenêtre avec une satisfaction dont il ne se cache pas. Il jouit de sa célébrité d'exécuteur des hautes œuvres à Vilàgos. Ayant une figure faite à faire peur, il s'amusa à effrayer ma fille cadette, qui fut admise au dessert, en ouvrant et en fermant ses puissantes mâchoires, ombragées d épaisses moustaches qui rappellent le tigre.
SEPTEMBRE
Mercredi 4". — J'ai terminé aujourd'hui la lecture des six volumes de Y Histoire de la Restauration par Lamartine. C'est un roman ou tout au plus une compilation remplie d'inexactitudes. Le jugement de l'auteur porte presque constamment à faux et pèche par une mollesse qui frise l'absence du sens moral. Mais il y a une grande vérité qui en ressort avec une clarté irrésistible : c'est que les Bourbons sont morts du constitutionnalisme ou parlementarisme importé d'Angleterre par Louis XVIII, salué par Alexandre Ier avec conviction, protégé ou toléré par les autres puissances par faiblesse ou parce qu'elles ne connaissaient pas encore ce nouveau déguisement des principes révolutionnaires. C'est Lamartine qui, malgré lui, en fournit les preuves. Et voilà en quoi consistent l'intérêt et la valeur de son livre. L'Europe n'a pas compris et peutêtre ne comprend pas encore qu'en 1815 elle a restauré une dynastie, mais qu'elle n'a pas restauré la royauté.
Vendredi 3. — Avec la princesse de Schœnbourg et son fils Alexandre, à Saint-Gloud. Nous y avons diné avec lord Granville, les Drouyn de Lhuys, Castelbajac et quelques jolies femmes. Dans la soirée on jouait à la loterie et Bacciochi, encore, toujours, fonctionnait comme maître des plaisirs. Le Prince-Président ne prit pas part au jeu, mais eut un long aparté avec la