‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 4 sur 198 · NOUVEAU MINISTERE · texte numérisé non relu

NOUVEAU MINISTERE

qui est le résultat de sou discours d'avant-d'hier, semble l'inquiéter. Il comprend que la crise approche et qu'elle s'annonce mal. Je lui dis : « Puisque vous disposez de la majorité, vous et vos amis, pourquoi ne prenezvous pas le pouvoir? » Comme toujours, la réponse était : « Parce que le temps n'est pas venu de former un grand ministère. » Le temps viendra-t-il jamais?

Mercredi 22. — On cherche des ministres. Le public se soucie fort peu de cette crise et moins encore des beaux parleurs de l'Assemblée nationale. Mais dans le monde parlementaire l'excitation est au comble.

Jeudi 23. — Odilon Barrot et Léon Faucher ne sont pas parvenus à former un ministère. Diné chez le duc Decazes avec le ministre démissionnaire Baroche et deux candidats ministériels : MM. de Ghasseloup- Laubat et Buffet. A Paris, parle temps qui court, chaque jour a son histoire, ou plutôt c est une suite de drames, de comédies, de vaudevilles, en attendant le tour de la tragédie. Le soir les échos de la journée remplissent les salons, et ce n'est pas un des moindres charmes de cette ville d'entendre raconter et critiquer la pièce avec verve, avec esprit, souvent avec éloquence, par ceux qui l'ont composée et qui la jouent. Aujourd'hui la grande scène est encore l'Assemblée nationale, mais je pense que c'est à l'Elysée que se prépare le dénouement

Vendredi 24. — Le ministère, dit « le petit » , est fait. Pas un homme connu ou un peu haut placé ni de l'Assemblée ni de la haute administration. M. Brenier,

directeur de lu comptabilité au ministère des affaires étrangères, figure dans la liste comme ministre de ce même département. C'est tout dire. Lorsque ce matin Viel-Castel, directeur des archives, se présentait chez son nouveau chef, ces deux messieurs éclatèrent de rire. Le public en fait autant, et je pense qu'à l'Elysée aussi on rit. Les chefs de la majorité seuls ne rient pas J'ai rencontré Thiers; il est furieux.

Lundi 27. — On avait décidé de combattre le nouveau ministère dès son début au moyen d'interpellations. Maintenant, on y renonce. Cette nouvelle reculade de l'Assemblée nationale est considérée comme un succès de l'Elysée.

FÉVRIER

Jeudi 6. — Une jeune fille de Vienne ou de Prague m'apporte une lettre de recommandation. Elle est pianiste, et accompagné de Richard Meternich je la mène à la salle Érard pour la faire jouer en présence de Thalberg qui, après cinq minutes d'audition, la déclare hors ligne (1). Au bal de l'Elysée le Président me parle au milieu de la foule. Le rapprochement entre l'Autriche et la Prusse l'inquiète. Il craint, dit-il, un renouvellement de la Sainte-Alliance !

SatnediS. — Chez Fould longue causerie avec Pcrsigny. Cet homme tient du prophète. Du moins il en

(1) Mlle Klauss est devenue une des grandes virtuoses de l'époque.

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