‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 45 sur 198 · UN MARIAGE D'AMOUR · texte numérisé non relu

UN MARIAGE D'AMOUR

de l'archiduchesse Marie-Louise avec Napoléon. Ce propos inquiète le public et ne fait pas grandir celui qui Ta prononcé.

Mercredi 26. — J'écris aujourd'hui à Buol (1) : «Les ministres reviennent, peu à peu, de leurs frayeurs. Ils craignaient, un moment, que L'Empereur ne leur échappât et ne se lançât tout à fait dans les aventures. En effet, un homme qui, à 1 âge de quarante-cinq ans se décide, pour satisfaire un caprice, à faire un mariage d'amour, surtout lorsque cet homme est un empereur, et à métamorphoser sa flamme en impératrice, au risque de se perdre dans l'opinion du pays et de 1 étranger; un homme pareil, il faut en convenir, est fait pour inspirer des appréhensions. Il y a cependant des symptômes qui me font penser qu'il revient à la raison. Les excuses qu'il m'a fait faire au sujet du mot brigue?- sembleraient le prouver. Au comte de Hatzfeld il a dit au dernier bal : « J'espère que mon discours « n'a rien de blessant pour les puissances » , à quoi mon collègue de Prusse a répondu par le silence en s inclinant et en haussant les épaules. »

Samedi 29. — Ce soir à neuf heures, aux Tuileries, dans la salle des maréchaux, en présence d'une compagnie peu nombreuse, eut lieu le mariage civil de 1 Empereur avec > Doua Eugenia de Guzman » , en France, appelée Mlle de Montijo. Les fiancés occupaient des fauteuils placés sur une estrade au-dessous de la galerie,

vi Lettre particulière au comte de Ruol, du 26 janvier.

le dos tourné au jardin. M. Fould, remplaçant, comme minisire d'État, le maire de l'arrondissement, se tenait près d'une petite table sur laquelle se trouvait le registre des mariages. Parmi les témoins appelés à donner leur signature, on voyait, pour la fiancée, en dehors du ministre d'Espagne, Valdegamas, ses parents Osuna, Toledo et Bedmar, et pour l'Empereur, la princesse Mathilde,le prince Jérôme, son fils Napoléon et Lucien Bonaparte, les cardinaux, les ministres et Morny. Les quelques membres du corps diplomatique, invités à cette cérémonie, se tenaient debout; leurs femmes étaient assises sur des tabourets en face du trône. A côté de lady Gowley, comtesse Hatzfeld etMmeRogier, on avait placé Mme Fould, Mme de Saint-Arnaud, Mme de Persigny (la crème delà nouvelle cour en fait de dames) et les femmes des ministres. A la fin, les hommes, chacun avec une dame, défilaient devant l'Empereur et dona Eugenia. Mon agréable sort était de donner le bras à la duchesse d'Hamilton. Exaspérée du mariage, elle était dans un état violent. Lorsque nous nous mîmes en marche, elle me dit : a Vous verrez l'esclandre que je ferai quand nous nous trouverons près de mon cousin. » « Votre résolution, madame, est-elle prise irrévocablement?» «Certainement». «En ce cas, dis-je en m'inclinant, et en retirant mon bras, je prie la duchesse d'avancer toute seule. Je ne la suivrai pas. » La duchesse se calma et notre passage devant Leurs Majestés s'effectua régulièrement et sans esclandre. La fiancée était pâle et fatiguée. Elle portait une robe rose et un magnifique collier de perles. L'Empereur, gai et fringant, offrait le spectacle du

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