SUSCEPTIBILITE DE L'EMPEREUR
taine mesure), tâchons de ménager cette susceptibilité, autant que notre dignité le permet. Une occasion s'en présentera incessamment. Il a donné la croix de la Légion au marquis Visconti, de Milan, son ami. Celui-ci est venu me demander par quel canal il doit solliciter l'autorisation de la porter. Je lui ai indiqué le gouverneur de Milan. S il n'obtient pas la permission, l'Empereur, j'en suis sur, se dira : « Décidément ils ne veulent pas de moi ■ , et ce sera un motif de plus, pour lui, de faire des folies, quand l'occasion s'en présentera. ■ Xe me prenez pas pour un poltron, mon cher comte, je ne le suis pas. Ne croyez pas non plus que cela m'amuse beaucoup de faire le courtisan à cette nouvelle cour. Cela est fort peu amusant. Mais la France est la France. Si nous le poussons dans la mauvaise voie, il mettra le feu aux quatre coins de l'Europe, et nous aurons beaucoup de peine à 1 éteindre. »
Jeudi 10. — Petit diner fort gai, chez moi : la duchesse de Blacas, le duc de Richelieu, comte et comtesse Hatzfeld (née Castellane) , comte Roger de Gontaud, comte et comtesse Hatzfeld (née Dietrichstein), prince Alexandre de Schœnburg, de mon ambassade.
Il y a une détente en l'air. Tout le monde est disposé à s'amuser. Le comte de Buol me prévient, en termes flatteurs, que 1 Empereur m'a nommé conseiller intime.
Vendredi 11. — Drouvn de Lhuys me prie de passer chez lui sous le prétexte de me donner des nouvelles de Milan, mais, en réalité, pour me dire des choses désagréables sur les lieux saints.
Samedi 12. — Deux ministres d'État en disgrâce, viennent me voir. L'un, marquis Boccella, arrive de Florence; l'autre, M. Lightenveldt, delà Haye. Boccella me fait le portrait du grand-duc : faible, bon, avide de popularité et, par conséquent, quoique bien entouré, ne voulant pas rompre complètement avec le parti italien. Son ministre président actuel, Baldasseroni, a signé la déclaration de guerre avec l'Autriche. N'est-ce pas tout dire? Le prince Félix Schwarzenberg avait appuyé le parti autrichien, et par conséquent lui, Boccella. Le comte de Buol ne fit rien, pas plus que son ministre à Florence. Mais le prince François Liechtenstein, commandant en chef des troupes impériales en Toscane, est excellent.
Lightenveldt, l'ancien ministre des affaires du roi des Pays-Bas, me dit que son maître est l'instrument et le prisonnier du ministère, presque radical Thorbeck, qui ne lui permet pas même de conférer des ordres. Pas dépourvu de moyens, mais faible, sans volonté et vivant en très mauvais termes avec la reine. Peut-être la ressemblance n'est-elle pas exacte. Les ministres en disgrâce sont ordinairement sombres et, quand il s'agit de faire le portrait de leur souverain, broient du noir avec volupté.
Dimanche 13. — Mgr Raess, évêque de Strasbourg, une ancienne connaissance de 1831 lorsqu'il était encore chanoine, ne vient jamais à Paris sans frapper à ma porte. Il a dîné aujourd'hui chez moi, et je l'ai rarement vu plus en verve que ce soir. Il a le culte de Louis XVII et est persuadé qu'il existe encore en