LÉGENDE SL'R LOOIS XVII
la personne du baron de Richemond. Cette croyance est assez répandue en Alsace, grâce à une clairvoyante, la soeur Auguste de Niederbrand, dont l'évêque me disait aujourd'hui beaucoup de bien. Cette légende populaire, le croirait-on, inquiétait Louis-Napoléon déjà lorsqu'il était encore simple Président de la République, et il en garde rancune à Mgr Raess. « L'évêque de Strasbourg, m'a-t-il dit un jour, se fait l'apôtre d'un imposteur. Vous ne pensez pas qu'il puisse y avoir une ombre de vérité dans cette sotte histoire? » Tant il est vrai qu'on tremble toujours, pour ce qu'on a et, quelquefois, même pour ce qu'on n'a pas encore !
Jeudi 17. — Prokesch a débuté à la diète de Francfort, en sa qualité de président, par une sorte de dithvrambe politico-historique de sa façon. Quelle infraction aux règlements, quelle innovation, quel scandale! J'aurais voulu voir la stupéfaction, les colères contenues des dix-sept honorables ministres près la Confédération germanique.
Notre frontière de Lombardie, du côté du canton de Tessin, a été complètement fermée au moyen d un cordon militaire.
Aujourd'hui, est mort à Innsbruck le bon, le noble, le pieux et spirituel comte de Senfft-Pilsach. Le prince de Metternich, je n'ai jamais pu deviner pourquoi, l'a laissé croupir dans les missions de second ordre, tandis que ses moyens, la portée de son esprit et 1 élévation de son caractère le désignaient pour les plus hautes fonctions.
Vendredi 18. — Aujourd'hui, un attentat fut commis sur la personne de l'empereur François-Joseph. Sa Majesté se promenait sur le bastion lorsqu'un jeune homme, garçon tailleur de Hongrie, se précipita sur Elle et la blessa avec un couteau, on espère légèrement, à la nuque. Le comte d'Odonnel, aide de camp de l'Empereur, et un bourgeois de Vienne s'emparèrent de l'assassin. L'émotion à Vienne, me dit une dépêche télégraphique de Buol reçue à minuit, est indescriptible.
Samedi 19. — Les nouvelles de l'état de l'Empereur sont, Dieu merci, satisfaisantes. A Vienne, Te Deum, illumination de la ville; enfin, enthousiasme.
Lés dépèches du 1 3 , que le courrier Steidl m'a remise le 16, surtout la lettre particulière du ministre, sont d'une certaine importance. Buol semble sentir la nécessité d'améliorer nos relations avec le nouveau pouvoir. Dans la lettre à moi, il commence par expliquer, pour ne pas dire excuser, les retards de la reconnaissance : « Ce n'est pas nous qui avons jeté des bâtons dans les roues ; » puis il en arrive aux questions brûlantes du jour : la Suisse, foyer de conspirations, où l'émeute sanglante de Milan a été préparée, et les affaires de Turquie. « La Suisse révolutionnaire menace tous les gouvernements réguliers. » En Turquie, la Russie a régularisé ses rapports avec les principautés; nous devons en faire autant (c'est le sens de la lettre) par rapport aux populations chrétiennes des provinces qui touchent à notre empire. Ainsi, entente avec Napoléon, par rapport à la révolution dont nous menace la