‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 55 sur 198 · LES JOURNAUX BELGES · texte numérisé non relu

LES JOURNAUX BELGES

Samedi 26. — Diné chez Cowley, avec lord Malmesburv, qui nous raconte sa visite à Louis-Napoléon, quand il était prisonnier à Ham (1).

Mercredi 30 et jeudi 31 . — Excursion à Bruxelles pour voir mes fils, qu'un père jésuite de leur collège m'amène de Brugelette et que je trouve en excellentes conditions. Notre ministre, baron de Yrints, me donne à diner avec le nonce monsignor Gonella, M. de Broukère, ministre des affaires étrangères et plusieurs envovés. Broukère confirme ce que je savais d'ailleurs : les relations du roi Léopold avec les Tuileries se tendent de plus en plus, et la situation de son royaume, par rapport au nouvel empire, est difficile, délicate et fausse. Les journaux belges attaquent tous les jours la France bonapartiste et son maitre. Le gouvernement belge, qu'à Paris on se plait à rendre responsable des excès de sa presse, quoiqu on sache fort bien qu il n a aucun moven légal de la museler, ne sait plus où donner de la tète. Mais cela fait le compte de l'empereur Napoléon. Il veut avoir entre les mains une cause de brouille pour le cas où il lui plairait de se brouiller, d'abord avec la Belgique, et ensuite avec d'autres. A quoi il faut ajouter, qu il considère la cour de Bruxelles comme un foyer de Y orléanisme et, par conséquent, hostile à lui et à sa famille. Broukère sait tout cela mieux que moi.

(i) Lord Malmesbury en rend compte dans ses Mémoires.

AVRIL

\endredi 1". — Conformément à mes instructions pressantes et réitérées, je m'évertue à obtenir de l'empereur des Français une manifestation calculée à intimider le conseil fédéral à Berne, dans cette tédieuse affaire des réfugiés. Enfin, l'empereur Napoléon a fait insérer dans la Patrie un article officieux qui ne plaira pas à ces messieurs, mais je doute qu'il leur fasse peur. Cependant, sous l'impression de ce demi-succès, j'ai écrit, il y a quelques jours à Buol : « C'est une partie aux échecs que nous jouons et nous avons une bonne chance de la gagner. »

Mardi 5. — L'Empereur avait caressé l'idée de se faire sacrer à Paris par le Pape. Le sacre ou couronnement devait avoir lieu le 15 août, fête de la Saint- Napoléon. Des pourparlers ont été entamés à ce sujet, avec Sa Sainteté. Dernièrement, Fould m'a dit que l'idée du voyage de Pie IX en France était abandonnée. On m'assure que l'Empereur s'est décidément refusé à sanctionner les modifications du Code Napoléon, desquelles le Saint-Père avait fait dépendre sa venue à Paris.

Mercredi 6. — Ce soir, chez M. Thiers. C'était ma première visite depuis le coup d'État. Le maître de la maison, selon son habitude, dormait profondément au coin de son feu. Le salon, jadis si peuplé, était presque

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