‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 56 sur 198 · LA PRINCESSE CLAP.Y · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE CLAP.Y

désert. Sic transit gloria mundi (1). Il n'y avait que Mme Thiers, plus aimable et moins taciturne qu'autrefois ; Mlle Dosne et*le fidèle Mignet. Vers minuit, Thiers se réveilla frais, dispos, pétillant d'esprit. La nuit était avancée lorsqu'il me laissa partir.

Jeudi 7. — Petit bal aux Tuileries. Je présente les Clarv (2) et un jeune Deym. La princesse, qui est dans tout l'éclat de sa beauté et grande dame jusqu'au bout des ongles, fait sensation. L'Empereur danse avec elle la première contredanse.

Verdredi 8. — Réunion brillante chez le comte Duchatel, ministre de l'intérieur sous M. Guizot, dans son bel hôtel de la rue de Varennes. C'est, les vendredis, le rendez-vous des doctrinaires pur sang : des Saint-Aulaire, Broglie, d'Haussonville, Bussière, Montebello, etc., et d'une grande partie du monde légitimiste. Ce soir, les artistes du Conservatoire exécutaient, avec la maestria qu'on leur connaît, des quatuors de Mozart. Duchatel a le mérite de réveiller à Paris, dans le monde élégant, le goût de la musique classique allemande, ignorée ou oubliée en France.

Samedi 9. — Les bruits de la prochaine disgrâce de Buol se renouvellent sans cesse. Gela me fait de la peine et cela m'inquiète. Je connais ses côtés faibles,

(1) Personne ne pensait alors que Thiers reparaîtrait jamais sur la «cène du monde, 1889.

(2^1 Prince Edmond et princesse Elise-Alex. Clarv, née comtesse de Ficquelmont. La princesse, née en 1825, est morte à Venise en 1878.

mais j'apprécie ses qualités. Ce n'est pas un homme d'État de premier ordre; mais c'est un diplomate de la bonne école, intelligent, quand les passions ne troublent pas son jugement; souvent, trop souvent désagréable, mais au fond bon, honnête et fort dévoué à l'Empereur.

Dimanche 10. — Saint-Arnaud est gravement malade. Il dicte lui-même ses bulletins. Le maréchal Magnan me dit que les médecins le considèrent comme perdu.

Lundi 18. — Une longue et bonne audience de l'Empereur. Si seulement son langage était plus positif! Il y a trop de si et de mais dans ses paroles, et quand, rentré chez moi, je les couche sur le papier, il me semble toujours que ce sont autant d'échappatoires laissés ouverts, pour des cas prévus ou imprévus. C'est aussi l'impression de mes collègues d'Angleterre et de Prusse.

Jeudi 21. — Il y a grand calme en matière de politique étrangère. Il serait complet sans cette maudite affaire suisse, que j'ai constamment sur les bras. La coquetterie et l'échange de bons procédés entre Paris et Londres ont, pour le quart d'heure, fait place à une méfiance réciproque mal dissimulée. J'ai taché d'en tirer parti dans l'intérêt de nos démêlés avec la Suisse, quoique je prévoie que l'Empereur, dans cette question, ne prendra jamais une attitude franchement menaçante vis-à-vis de la Confédération helvétique. Et il la

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