FAUSSE COUCHE DE L'IMPERATRICE
prendrait, qu'à Berne on ne la croirait pas sérieuse. Comment l'ancien réfugié, l'ancien conspirateur, l'ancien carbonaro voudrait-il, comment pourrait-il, dès à présent, faire une politique vraiment conservatrice? Ah! si les trois cours du Nord, faisant bonne mine au mauvais jeu, lui avaient tendu la main de bonne grâce, au lieu de l'accueillir avec dédain et à leur corps défendant, seulement parce qu'elles ne pouvaient pas faire autrement, alors peut-être probablement il aurait passé dans leur camp avec empressement, enchanté de se trouver en si noble compagnie. Aussi longtemps qu'il verra en elles des ennemis déguisés, il se ménagera en présence des puissances régulières la ressource des puissances irrégulières et occultes de la Révolution, et, par conséquent, ne fera pas trop de mal aux réfugiés et émissaires en Suisse. Cependant, j ai obtenu de lui la reconnaissance explicite de notre droit d'exiger des garanties du conseil fédéral.
Lundi 30. — H Y a ici calme plat. L'Empereur ne s'occupe que de l'Impératrice, qui est dans son lit depuis dix jours. Elle a eu l'imprudence de prendre un bain chaud, qui a eu pour suite des douleurs aiguës et, après beaucoup de péripéties, d'espérances et de crainte, la fausse couche qui a eu lieu avant hier au soir. Pendant tous ces jours-ci, il n'était question à Paris, dans les salons au moins, que de femmes grosses. de couches et de fausses couches. On aurait dit qu'il n v a, à Paris, que des accoucheurs et des sagesfemmes. Il y avait, dans ces conversations médicales, peu de bienveillance pour la jeune Impératrice, car
Paris est et reste hostile au nouvel ordre de choses.
La mission de Menschikoff commence à inquiéter le cabinet anglais. Ici, on a hâte d'en finir par un arrangement conclu à Gonstantinople entre la Porte et la Russie, du su et consentement de M. de Lacour. Si l'arrangement déplaisait en France, on s'en déchargerait sur l'ambassadeur et on laisserait faire. Mais Lacour aura-t-il la générosité de se sacrifier? A Londres on prend la chose plus sérieusement.
C'était un mois de plaisir, de dîners sans fin en ville et chez moi. Dans tous les salons on s'amuse à faire tourner et parler les tables. Ce tablemoving qui, je crois, vient d'Amérique, dégénère en épidémie. Mon premier secrétaire, baron de Schloissnigg, quitte l'ambassade. Je le vois partir avec regret. C'est un excellent homme, bon travailleur, intelligent et pétri d'esprit.
Mort à Berlin, à l'âge de quatre-vingts ans, le poète Louis Tieck.
MAI
Mardi 3. — Le ministre d'Espagne, marquis de Valdegamas, étant toujours gravement malade, Hatzfeld et moi, nous sommes allé demander de ses nouvelles. Le bulletin était mauvais, et impossible de rencontrer âme qui vive dans cette maison déserte. Pas un domestique dans l'antichambre, pas un secrétaire à la chancellerie. Nous étions au moment de quitter la légation lorsque nous fûmes rappelés par un violent