L'EMPEREUR EST INACCESSIBLE
mtre-réforme catholiques provoquées par la réforme )rotestante. Il me rappelle les grands héros ecclésiasiques de ces jours-là et personne plus que Fray Luis, le Grenade.
Une heure après, je me trouvais de nouveau rue de îourcelles, dans l'hôtel occupé par la princesse Matliilde, en face de la légation d'Espagne. C'était un rand diner; mais l'animation et la gaieté habituelles, raies ou fausses, qui distinguent ces festins, disparaissent sous le crêpe noir, que la mort d'un saint jetait sur cette brillante réunion de mondains.
Samedi 7. — Ce matin, à Saint-Philippe du Roule, îous avons rendu les derniers honneurs à notre cher >onoso Cortès. Tous les ministres de l'Empereur et le >rps diplomatique, au grand complet, tous en unième, suivaient son cercueil.
Dimanche 8. — Le Père Rothaan, général de la Compagnie de Jésus, est mort aujourd'hui à Rome.
Mercredi 18. — L'Impératrice sort déjà en voiture; mais on m'assure que sa santé est compromise. L Empereur continue d'être inaccessible. Il a pourtant reçu les sénateurs et députés du Corps législatif. Mais il ne voit plus de diplomates, ce que je regrette, car les affaires ne se font qu'avec lui. Le voyage, à Vienne, du roi Léopold lui a donné de l'humeur. Cela se conçoit, quand on connait son caractère soupçonneux et jaloux.
Samedi 21. — Edouard Steinle (1) est venu de Francfort et descendu à l'ambassade. Il m'apporte un tableau que je lui ai commandé, en lui abandonnant le choix du sujet. C'est Eve, après la chute. Un enfant lui tend une pomme dont l'aspect évoque en elle des souvenirs douloureux. Au fond on voit Adam qui travaille la terre. La conception est originale; si on veut, étrange; mais c'est un chef-d'œuvre de composition et de coloris, quoique les maîtres de cette école ne brillent guère de ce côté-là. Dans la pose et dans la physionomie, à la fois animée et rêveuse de cette belle et magnifique femme, la mère du genre humain, vêtue déjà d'une peau de fauve, se reflète ce qui se passe dans son âme. On y découvre un remords mitigé par une espérance (2). J'avais réuni à diner, avec quelques amis, M. Rio, qui passe en France pour un des premiers critiques en matière de beaux-arts, et le peintre Grimaud, pour leur montrer mon tableau. Montalembert était celui qui en saisissait le mieux la portée. A Werner de Mérode, il inspira quelques plaisanteries spirituelles et piquantes. Personne n'en sait faire comme lui; dans cet art il est passé maître. Le grave Rio rédigea une phrase aimable pour Steinle, et le peintre Grimaud, qui seul examina mon Eve avec attention, n'y était pas du tout et avait le bon sens de ne rien dire. Enfin, c'était tout au plus un succès d'estime. Cela ne m'étonne guère. En France, l'école moderne, essentiellement réaliste, vise aux grands effets et emploie pour les
(1) Edouard Steinle mort en 1887.
(2) Ce tableau a valu à Steinle une des huit croix de la Léjjion d'honneur conférées aux artistes non français à l'Exposition de Paris do ISÔÔ.