‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 60 sur 198 · L'HORIZON POLITIQUE >'ASSOMBRIT · texte numérisé non relu

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atteindre les grands movens. L ancienne école académique, qui vivote toujours, affectionne le faux pathétique. L'art allemand est peu compris et, par conséquent, peu apprécié.

Jeudi 26. — L'horizon politique s'assombrit. Nous savons que le prince Menschikoff a cessé les rapports directs avec la Porte, mais continue à négocier par l'entremise d un tiers. Consternation à Londres. Panique à la Bourse de Paris depuis hier. Notre chargé d'affaires à Berne a été rappelé. G est la rupture des relations diplomatiques avec la Su.

J écris à Buol 1 : La complication orientale, au point de vue du cabinet français, peut se résumer ainsi : la France soutient que les deux firmans du Sultan n impliquent pas une modihcation des concessions faites au marquis de La Valette ambassadeur à Constantinople . L affaire des lieux saints entre la France et la Russie est donc terminée. Quant aux autres demandes de la Russie, elles regardent les grandes puissances signataires du traité de 18-41. Kisseleff. de son côté, soutient que les autres demandes de Menschikoff ne sont qu'un corollaire de la question des lieux saints, et que cette question n'est pas encore résolue: que, d'ailleurs, toute cette affaire ne concerne en aucune façon le traité de 1841. »

Dimanche 29. — Expédié un courrier à Tienne. Je rends compte du langage qu'on me tient ici (2) :

(1) Lettre particulit re au comte de Buol, du 26 mai.

(2) Lettre particulière au comte de Buol, du 29 mai.

« Mes rapports vous prouveront qu'on est ici très pacifique et très coulant. J'ajouterai qu'on est fort alarmé et qu'on ne demande pas mieux que de voir cette complication orientale arrangée le plus promptement possible. Toutefois, on ne saurait ajouter une foi entière aux paroles de Drouyn de Lhuys ni à celles de son maître.

« On est d'accord avec le cabinet anglais ; mais dans ce cabinet, m'assure-t-on, il y a des dissentiments; il y a les violents qui, Palmerston en tête, crient beaucoup contre les indulgents, dont le chef est lord Aberdeen. Un conflit en Orient serait chose terrible, vu l'état de l'Europe centrale. Tout le monde le comprend. Espérons qu'on le comprendra aussi à Saint-Pétersbourg. Il est, dans les habitudes de M. Drouyn de Lhuys, de traiter les grandes affaires avec les petits diplomates, et il serait capable de se vanter d'avoir opéré un éloignement de l'Autriche de la Russie et un rapprochement de la première de ces puissances vers la France. Force m'est donc d'être très prudent et très réservé. Cependant, je fais des efforts pour empêcher le gouvernement de faire quelque coup de tête, comme le serait, par exemple, l'envoi de la flotte à l'entrée des Dardanelles.

« En ce qui concerne la Suisse, on ne veut pas s'en occuper et on ne s'en occupera guère sérieusement avant de se croire tout à fait sûr, au point de vue des intérêts personnels de l'Empereur, de l'amitié et de l'appui des puissances du Nord, notamment de l'Autriche, ou bien en compensation de quelque service rendu.

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