‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 6 sur 198 · VISITE AU PRINCE DE METTERNICH · texte numérisé non relu

VISITE AU PRINCE DE METTERNICH

rompait par des calembours comme lui seul en sait faire. Enfin, c'était une soirée vraiment parisienne. Seulement, même à Paris, ces jeux d'esprit, faute de combattants, deviennent de plus en plus rares.

Mercredi 19 au samedi 22. — Excursion en Belgique. J'ai visité mes fils au collège de Brugelette et j'ai passé le reste dfc mon holyday auprès du prince de MetternicK, en ce moment établi à Bruxelles. 11 est décidément opposé à l'idée, caressée à Vienne, de faire entrer dans la diète germanique l'ensemble de notre monarchie.

J'ignore dans quelle tète ce projet a pris son origine. Certainement pas dans l'esprit juste et clair du prince Félix de Schwarzenberg. Mais malheureusement il s'est laissé engager dans cette voie, et lorsque j'en ai eu connaissance il s'était déjà trop avancé pour que des remontrances de ma part eussent pu produire de l'effet. Je me suis donc dans ma correspondance avec lui imposé un silence absolu sur cette matière. Il en a pris de 1 humeur, mais il n'a pas pu me faire sortir de ma réserve. Les objections du vieux prince de Metternich sont concluantes. Il affirme que les conséquences de la réalisation de ce projet sont incalculables. De toute façon l'Autriche, devenue tout entière membre de la confédération germanique, perdait sa qualité de puissance européenne. Le vieux roi de Bavière (prédécesseur du roi Louis I") s'est plaint auprès du chancelier d'être moins puissant et moins indépendant que les rois de Sardaigne et des Pays-Bas, malgré la supériorité de son royaume au point de vue de la popula-

tion, des ressources et de l'étendue de territoire, et cela par la raison que ses États font partie d'une confédération. Le prince de Metternich compare l'Autriche avec une grande maison de banque qui participe à une spéculation pour une certaine somme et qui par conséquent domine sur les petits capitalistes qui y ont placé toute leur fortune; car si l'entreprise tourne mal, elle a une chance de sauver ses fonds qui s'y trouvent engagés avec l'aide de ceux qui ne le sont pas.

Je quitte à regret ce charmant intérieur. J'ai trouvé le prince en bonne santé, fort instruit de ce qui se passe de par le monde, dépourvu de toute amertume, mais désireux de rentrer à Vienne. La princesse, belle encore et sympathique comme toujours, supporte mal la privation de l'air natal.

Lundi 31. — Louis-Napoléon et son gouvernement suivent avec une anxiété mal dissimulée la négociation entre Vienne et Berlin au sujet de l'entrée de la monarchie autrichienne dans la confédération allemande. Le public s'en soucie fort peu, et je pense que le public a raison, car ce projet n'a aucune chance de réussir C'est la première fois que, sur une question de politique extérieure, je me trouve en dissidence d'opinion avec le prince Félix. Je crains qu'il ne soit mal conseillé. En attendant, je décline toute polémique avec le ministère français sur cette délicate et malencontreuse question. Ici on craint des insurrections partielles. Louis Napoléon cherche et ne parvient pas à former un ministère définitif.

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