‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 66 sur 198 · DINER A SAINT-CLOUD · texte numérisé non relu

DINER A SAINT-CLOUD

Mardi 13. — Le dinner part y à Saint-Gloud était sélect: l'Empereur, l'Impératrice, la princesse Mathilde, la grande maîtresse princesse Essling; Mme Aguado, dame de l'Impératrice; le maréchal Vaillant, grand maitre du palais: le colonel Fleury et Bacciochi; d invités il n'v avait que le général prince Jablonowski, avec ses deux officiers et moi. Un peu maigrie, un peu hàlée, grâce à 1 air et aux bains de mer de Dieppe, l'Impératrice était fort causante. Elle l'était encore davantage lorsque 1 Empereur, qui souffrait d'une violente migraine, avait, déjà pendant le premier service, dû quitter la table. Je rappelai à ma gracieuse voisine notre diner chez le peintre Gudin le jour même où son mariage avait été décidé 'et elle parla de 1 Espagne me prédisant une révolution pour le mois d'octobre et la prochaine réunion de l'Espagne et du Portugal sous le sceptre de la maison de Bragance. G est le projet connu des progressistes de la péninsule. Seulement ils se soucient fort peu de la maison de Bragance, mais visent à la République. Ce que me disait Dona Eugenia est probablement l'écho du maréchal Narvaez qui est fort de ses amis. Je disais en riant qu'une Impératrice n'était pas payée pour être progressiste.

L Impératrice nous retint après le diner jusqu'à dix heures. Jablonowski a eu du succès auprès de Sa Majesté. C'est le type du général autrichien grand seigneur. Il prit part à la conversation un peu décousue, mais toujours animée de 1 Impératrice qui passait d'un sujet à l'autre comme font ordinairement les femmes espagnoles qui ont plus de vivacité que d'esprit et

plus d'esprit que de jugement, non parce qu'elles en manquent, mais parce qu elles n'ont pas appris à en faire usage. Dona Eugenia nous parla aussi de l'attentat de l'Opéra-Comique. « La police, disait-elle, est là pour découvrir les complots. Contre des fanatiques comme les derniers régicides de Madrid et de Vienne, il n'y a pas de ressources ni de remèdes. Ainsi au petit bonheur! » Enfin, c'était une charmante soirée. Le dîner avait commencé sous le régime d'une étiquette d'autant plus stricte quelle est de date récente; après la retraite forcée du maître de la maison, il devint un petit festin entre personnes qui se connaissent beaucoup et depuis longtemps, et ce festin finit par se convertir en terudia espagnole où ne se rencontrent que des intimes, où chacun dit ce qui lui passe par la tête et où chaque chose se nomme par son nom. Chassez le naturel, il revient au galop.

Jeudi 15. — Un courrier russe apporte à Kisseleff des copies de deux dépêches du comte Nesselrode au baron Meyendorff à Vienne, datées du 7 septembre. La Russie rejette les « modifications » turques et insiste pour demandera la Porte l'acceptation pure et simple de la note de Vienne. Dans la seconde pièce, le chancelier de Russie « examine » les modifications que le gouvernement ottoman désire apporter à la note de Vienne.

Samedi 17. — Ce matin, chez Thouvenel qui, en l'absence de Drouyn de Lhuys, dirige le département. Je le trouve alarmé et irrité. Selon lui, il résulte de

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