SOMMATION A LA PORTE
OCTOBRE
Dimanche 2. — Reçu des dépèches importantes de Buol datées d'Olmutz, 28 septembre. En voici la substance. Les représentants des quatre puissances à Constantinople signeront et remettront au Divan une note élaborée à Olmutz. Cette pièce contient des déclarations qui, en exprimant les intentions de l'empereur Nicolas, sont calculées pour faire disparaître les appréhensions que le projet de note de Vienne avait inspirées au Sultan. En même temps, la Porte est sommée de signer cette note de Vienne et prévenue que, si elle s'y refuse, elle n'aura plus à compter sur l'appui des quatre puissances à l'égard des exigences russes. C'est, indirectement, le retrait du fameux « examen russe » contenu dans la dépêche du 7 septembre de Nesselrode à Meyendorff qui a servi de prétexte au cabinet anglais pour retirer son adhésion au projet de note de Vienne.
Je me suis empressé de mettre Drouyn de Lhuys au courant de cette nouvelle phase de la « complication » d'Orient. Le ministre semblait gêné et embarrassé. J'écris à ce sujet à mon ministre (1) : « M. Drouyn de Lhuys est évidemment fort contrarié par notre dernière ouverture. Ce n'est pas qu'il veuille la guerre; mais il pense que si l'Angleterre et la France prenaient le verbe haut, la Russie reculerait. Il peste contre nous et la Prusse. J'aime à espérer que l'empereur Napoléon
(1) Lettre particulière au comte de Buol, du 3 octobre.
non seulement n'écoutera pas ce ministre, mais qu'il usera de toute son influence à Londres pour faire pencher la balance du côté de la paix. Il est impossible de préjuger la détermination des deux gouvernements. Ce qui seul est certain, c'est que ce sera la même à Paris et à Londres. »
Lundi 3. — Drouyn de Lhuys me dit que l'Empereur pourrait bien se décidera accepter les propositions d'Olmutz, pourvu que l'Angleterre les accepte.
Mardi 4. — L'entrevue de l'empereur Nicolas avec le roi de Prusse à Varsovie, et un article de la Correspondance autrichienne qui proclame l'alliance austroprusso-russe, sont tout faits pour jeter l'empereur Napoléon dans les bras de l'Angleterre.
Mercredi 5 . — Drouyn de Lhuys me déclare aujourd'hui que la France et l'Angleterre déclinent les propositions d'Olmutz, admettent que les assurances et explications qu'elles contiennent sont satisfaisantes; mais soutiennent que, vu la dépêche russe du 7 septembre qui subsiste toujours, le cabinet de Saint-Pétersbourg pourrait plus tard invoquer les interprétations que cette pièce donne au projet de note de Vienne. Par conséquent, les gouvernements anglais et français demandent que le projet soit définitivement écarté.
Voilà comment je résume la situation du moment. Dès l'abord, le cabinet anglais attachait peu de valeur aux conférences de Vienne. Cependant, à son corps défendant, il finit par adhérer au projet de note de