‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 79 sur 198 · LA PHASE DES NEGOCIATIONS · texte numérisé non relu

LA PHASE DES NEGOCIATIONS

parfois, mais rarement, le hasard le régale. Jaloux de sa dignité, il ne cesse jamais d'être prévenant, a soin de ne se brouiller avec personne, ne perd jamais sa sérénité, et, dans les grandes crises, quand la question de guerre se pose, se montre calme, impassible et sûr du succès.

Vendredi 18. — A 10 heures du matin chez Drouyn de Lhuys. A sa porte, je rencontre, à mon grand étonnement, l'ambassadeur d'Angleterre. Il est veuu de Paris pour voir le ministre et y retourne aussitôt. Voici lu phase actuelle des négociations.

On est à peu près convenu entre Paris et Londres, en modifiant sur certains points nos propositions du 14 novembre, que les quatre puissances signeraient une note collective à la Porte contenant l'invitation d'envoyer, à un endroit situé sur territoire neutre, un plénipotentiaire chargé de négocier la paix avec en plénipotentiaire russe envoyé ad hoc, sous l'influence médiatrice des quatre puissances. Les concessions et les déclarations faites jusqu'ici seront considérées comme irrévocables. Le cabinet anglais objecte au choix de Vienne et vise à voir la conférence transférée de la capitale de l'Autriche à celle de l'Angleterre. Grâce à mes instances pressantes auprès de Drouyn, ce ministre a pesé fortement sur le ministère anglais, qui a fini par céder en ce sens que la note collective à la Porte, au moins, sera signée à Vienne. Je m'en félicite pour le comte Buol. Sa situation est déjà ébranlée par les attaques incessantes de notre parti russe en Autriche. La retraite de Vienne de la c. nférence sur les affaires i. 12

d'Orient, qui nous touchent de si près, lui porterait, probablement, un coup fatal. Je l'ai informé de ce qui précède par le télégraphe. En prenant congé de l'Empereur, il a résumé en peu de mots nos divers et longs entretiens de ces derniers jours.

Je quitte Fontainebleau avec des impressions mixtes. La plus belle journée n'inspire qu'une médiocre confiance, au sujet du temps qu'il fera le lendemain, quand le soleil se voile à son coucher. Sous ce règne, l'horizon n'est jamais complètement clair, et souvent on est assailli par la bourrasque quand on s'y attend le moins. Personnellement, on m'a comblé d'attentions; mais c'est précisément ce qui me donne à penser.

Dimanche 20. — Dans quelques hôpitaux il y a des cas de choléra, aucun en ville. Mais le public s'en émeut. Lorsque, en 1849, cette maladie, devenue une terrible épidémie, enlevait jusqu'à seize cents personnes par jour, personne n'y faisait attention. Les émeutes et les diners et bals allaient leur train. On est un brave tel jour, et tel autre un poltron.

Dîner agréable chez Philippe, rue de Montorgueil, avec la belle et aimable princesse Auersperg, née Gollorédo, son mari Vincent, Schœnbourg et Traun. Nous avons bu à la santé de la princesse Mélanie Metternich, fille du chancelier, qui se marie aujourd'hui avec Pepi Zichy.

Lundi 21. — Agréablement surpris par une dépêche télégraphique de Buol. Notre cabinet accepte les modi-

Page 1