L'IDEE DE LA FDSION
ications anglo-françaises à nos propositions du 14 novembre.
Mardi 22. — On mande de Vienne, au sujet de la soi-disant fusion, que M. le comte de Nemours s'est présenté chez M. le comte de Chambord, et que celui-ci, en lui rendant la visite, s'est informé de la santé de « sa tante » (la reine Amélie, veuve du roi Louis-Philippe). L'idée de la fusion est née dans la tète de M. Guizot, aussi lucide et aussi logique que l'esprit d'un doctrinaire puisse l'être. Mais il y a des vérités que les doctrinaires ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre. Ils ne comprennent pas qu'on ne peut concilier les «grandes conquêtes» de la Révolution de 1789 avec le principe de la monarchie héréditaire, parce que ces deux principes s'excluent et s exclueront éternellement. Si le comte de Chambord parle de « sa tante ■ , qu'il n'appelle ni reine ni duchesse d'Orléans, c'est qu'il veut sauvegarder son principe sans blesser les princes d'Orléans. Donc, la question n'est pas résolue, la fusion n'est pas faite et ne se fera jamais, parce qu'elle est logiquement impossible. Si le duc de Nemours pouvait, au nom de son neveu, abjurer les principes révolutionnaires qui ont enfanté la royauté de Juillet — ce qu'il ne peut pas, ne fut-ce que par respect pour la mémoire de son père, — le jeune chef de la branche cadette deviendrait ipso facto héritier légitime. Cette solution étant exclue, il n'y a que la mort du comte de Chambord qui puisse légitimer la succession du petit-fils de Louis-Philippe à la couronne de France. La fusion est un fantôme. En attendant, ses auteurs sont dans la jubilation.
Jeudi 24. — Tous ces jours-ci j'ai eu de longues conférences avec Drouyn de Lhuys . Hatzfeld me dit que mes rapports du 13 novembre, expédiés par Richard Metternich, ont produit le grand revirement survenu dernièrement à Vienne et à Berlin. La note collective que les représentants des quatre puissances signeront prochainement à Vienne en est le premier résultat.
Avec la princesse de Lieven, à l'Opéra italien. On donne Lucrezia Borgia avec l'Alboni, Mario, Tamburini, des ombres évoquant des souvenirs. Aussi la génération nouvelle qui ne se souvient pas, parce qu'elle ne les a jamais connus, des grands maîtres, des grands virtuoses italiens du commencement du siècle, se voit rarement dans cette salle. Elle en abandonne le parquet et les galeries à une foule bariolée de cosmopolites et les premières loges à nous, les vieux ou les comparativement vieux, qui nous sentons attirés pai ces mélodies connues à satiété, démodées, médiocrement ou mal chantées, mais qui nous saisissent, enlèvent, transportent en arrière dans l'âge d'or de la jeunesse. Quant à l'Opéra italien, il se meurt; tantôt il sera mort et enterré.
Samedi 26. — J'écris à Buol (1) : « Kisseleff est de retour de Fontainebleau, enchanté de l'accueil qu'il y a trouvé et disant, et probablement écrivant aussi, que l'empereur Napoléon ne songe pas à faire la guerre ! ! Les diplomates russes, au moins quelques-uns d'entre eux, ont cela de particulier qu'ils voient toujours les choses
(1) Lettre particulière, du 25 novembre.