UNE MAUVAISE PASSE
qu il parait, qu'il ne sera pas relevé et décidées à pousser leur pointe, Dieu sait où. Vous me rendrez la justice que je ne vous ai pas induit en erreur en soutenant, contrairement aux rapports de mon collègue de Russie, dès le début de la complication, que la France ne se séparera pas de l'Angleterre. Les voilà donc au moment de prendre possession de la mer Noire et d'en exclure les Russes. J'ai dit, sur tous les tons, à M. Drouyn de Lhuys que je regrettais qu'on était allé si loin et que cela faisait croire qu'on voulait nous brouiller avec la Russie. Sa réponse était qu il n'y aurait pas de guerre pourvu que l'Autriche et la Prusse restassent fermes. Ce qui l'étonné, c'est la parfaite assurance de M. Drouyn, qui
iarait réellement persuadé que la Russie reculera. nfin. qui vivra verra. L'année 1853 que je n'aime pas
lu tout et que je regrette encore moins, nous laisse dans une mauvaise passe. Je l'ai dit au ministre. a Pas mauvaise, s'écria-t-il, mais décisive. »
RÉSUMÉ DE 1853 (i)
A la fin de 1851 le rétablissement de l'Empire — )ersonne ne peut s'y méprendre — n'était plus qu'une [uestion de temps. En prévision de cet événement, le ibinet de Vienne recommanda à Berlin et à Saint- *étersbourg la reconnaissance éventuelle de Louis- Napoléon. Dans un mémoire remarquable daté du l décembre de la même année, le prince Félix de
(i) Écrit à Paris dans les deux premiers mois de 1854.
Schwarzenberg disait : « Le temps des principes est passé » , entendant par là, le principe de l'exclusion de la famille Bonaparte du pouvoir suprême en France, établi par les traités de 1815. Cette proposition rencontra à Saint-Pétersbourg des objections et lorsque, quatre mois après, une mort soudaine eut enlevé le grand homme d'État autrichien, l'opposition alors devint formelle et décidée de la part de l'empereur Nicolas. Dès les premiers jours de son ministère, le comte de Buol, qui remplaçait le prince de Schwarzenberg aux affaires étrangères, quittant le terrain sur lequel son prédécesseur s'était maintenu depuis 1849, épousa chaleureusement l'opinion de l'empereur de Russie. Il s'ensuivit, immédiatement, une altération profonde de nos rapports avec la France. Pendant le ministère Schwarzenberg, les relations avec Louis-Napoléon, qui témoignait de la confiance à notre premier ministre, étaient aussi bonnes que les circonstances le comportaient. En 1 849, il est vrai, le Président de la République, redevenu momentanément carbonaro , méditait la guerre avec l'Autriche; mais, avec l'aide de M. Thiers et des autres chefs parlementaires, je parvins aisément à le ramener dans le bercail d'une politique raisonnable et, au lieu de nous combattre, il nous aida à faire une bonne paix avec la Sardaigne. Les dispositions amicales de l'Elysée disparurent avec le prince de Schwarzenberg. Un refroidissement d'abord, une tension croissante ensuite, des colères secrètes, des méfiances avouées succédaient aux bons rapports d'autrefois, et l'année 1852 se termina, en ce qui concerne l'Autriche et la France, au milieu de tiraillements et de vexations réciproques. Le comte de