‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 87 sur 198 · LES INQUIÉTUDES · texte numérisé non relu

LES INQUIÉTUDES

ouvriers de la brasserie de Londres, où le général Haynau fut si malmené, et l'enthousiasme factice avec lequel les Italiens ont salué l'avènement de Pie IX en 1846. L'Angleterre devient de plus en plus révolutionnaire. Les mêmes causes doivent produire les mêmes effets.

S'il y a guerre, et on prétend que le pays le désire, le cabinet anglais compte attaquer Sébastopol. brûler la flotte russe et rassembler ensuite toutes ses forces navales dans la Baltique.

Jeudi 19. — Les inquiétudes du public et du monde officiel augmentent de jour en jour. La question de paix et de guerre est discutée dans les cabinets, dans les salons, dans les clubs, dans la rue. On commence à croire la guerre inévitable et on se demande ce que fera l'Autriche. — Charmant petit diner chez lord et lady Ely, avec les Gowley et Kisseleff.

Samedi 21. — Chez Drouyn de Lhuys. La Porte, par l'organe de ses représentants, communique aux grandes Cours ses réserves au sujet des déclarations contenues dans sa réponse aux propositions des quatre puissances. C'est un nouvel incident. — Le soir chez Rothschild que je trouve complètement démoralisé, et chez Thiers qui conserve toute la sérénité de son esprit. C'est si facile, quand on n'est pas dans les affaires!

Lundi 23. — Longue causerie avec l'Impératrice au bal de la Cour. Elle me dit que la reine Isabelle II ne

tardera pas à être détrônée et exilée, et elle ajouta : « Aura l'Espagne, qui y sera le premier. — On dit du bien du roi de Portugal. — Gomment, s'écria-t-elle en souriant, et l'archiduc Maximilien, frère de l'Empereur?— Ah, madame, vous faites de la diplomatie. — Du tout, je vous dis vrai. L'Autriche en Espagne a conservé beaucoup d'amis. » Ce n'est pas pour la première fois qu'elle me parle en ce sens. Seulement, ces insinuations sont trop cousues au fil blanc. On a besoin de nous dans la complication d'Orient.

Mardi 24. — Le courrier annoncé depuis quelques jours est arrivé aujourd'hui. Il apporte à Kisseleff un projet de note, qu'il devra d'abord montrer à Drouyn de Lhuys.

Dans cette pièce, on demande des explications catégoriques au sujet de l'ouverture anglo-française concernant les flottes stationnées dans la mer Noire. La Russie exige que les deux belligérants — elle et la Turquie — soient traités sur le pied de l'égalité. Après que le ministre de Russie se fut retiré, j'eus un long entretien sur cette matière avec Drouyn de Lhuys.

Mercredi 25. — Kisseleff vient me voir le matin. Plus tard, j'ai de nouveau une longue conférence avec Drouyn de Lhuys. Le ministre me prie de faire savoir à Kisseleff que les réponses de la France et de l'Angleterre seront satisfaisantes si la Russie accepte les propositions de paix de Vienne du 13 janvier. Je me rends chez Kisseleff. Il repousse toute connexité entre les propositions de Vienne et les déclarations qu'il est

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