JE CONTINUE MES EFFORTS
chargé de demander au sujet des flottes. A partir de ce moment, un changement notable se manifeste dans son langage, assez insolent d'ailleurs, depuis le commencement de la crise. La Russie veut-elle la rupture? Néanmoins, je continue mes efforts auprès de l'empereur Napoléon III, par l'entremise de Persigny et d'autres confidents de 8a Majesté, afin de l'empêcher de rompre à la suite d'une réponse, purement négative, aux dernières ouvertures russes.
Jeudi 26. — Continué mes causeries avec Persigny. Kisseleff remet sa note concernant les explications. — La grande-duchesse Stéphanie se charge de dire à l'Empereur que je désire le voir.
Samedi 28. — Dans un entretien qu'il a eu aujourd'hui avec Kisseleff, Drouyn de Lhuys lui a dit qu'il comptait ajourner, pendant quelques jours seulement, sa réponse à la note russe d'hier, afin de ménager à l'empereur Napoléon III le temps de faire une démarche directe auprès de l'empereur Nicolas. Kisseleff a insisté pour que la réponse fût faite sans délai.
Dimanche 29. — Petit dîner aux Tuileries, avec la grande-duchesse Stéphanie, la ravissante comtesse Adam Potocka, le maréchal Vaillant, Richard Metternich, etc. Dans Pavant-soirée, l'Empereur me dit : « Chaque gouvernement doit compter avec l'opinion publique. Or, l'opinion publique veut la modération du souverain. J'ai donc voulu faire preuve de modération, en écrivant aujourd'hui à l'empereur Nicolas
une lettre, dans laquelle je lui propose : airmistice, traité à négocier directement entre les belligérants et à soumettre à la conférence réunie dans la ville, où le traité aura été signé; évacuation des Principautés, retrait des flottes anglo-françaises de la mer Noire. » Cette lettre a été aujourd'hui expédiée par courrier. L'Empereur trouve que les Principautés doivent être données à l'Autriche. Il n'a pas dit quelles compensations on lui demanderait. — Le soir chez la princesse de Lieven, où il y avait foule. On pensait que c'était le dernier a dimanche » de la princesse.
Lundi30. — Travaillé avec Drouyn. Le comte d'Orloff était arrivé hier à Vienne. Les contre-propositions apportées de Saint-Pétersbourg par Fonton sont jugées inacceptables.
Mardi 31. — Ouverture du parlement anglais. Le discours de la reine, modéré, mais mettant en perspective une augmentation de l'armée et de la flotte. — Le voyage du prince Napoléon à Bruxelles, où il a été reçu à la Cour avec des honneurs exceptionnels, et très froidement par le public, écarte momentanément la question, hier dans toutes les bouches : « Kisseleff est-il parti?» Voici comment les choses se sont passées. Le roi Léopold, effrayé de l'orage qui s'est déchaîné en Angleterre contre le prince Albert, dont il craint de partager l'impopularité en sa qualité de Cobourg, cherche, par une démonstration éclatante, à manifester ses sympathies pour l'alliance française, dont la reine et le prince-consort ne veulent pas, mais que le