‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 89 sur 198 · LA RÉPONSE A LA NOTE RUSSE · texte numérisé non relu

LA RÉPONSE A LA NOTE RUSSE

public anglais approuve. C'est ainsi que s'explique l'envoi à Paris de Van Praets et la visite de Napoléon Jérôme à Bruxelles. Oh, le vieux renard, qui renie à la fois le cobourgisme et Y orléanisme ! Je parie qu'un de ces jours nous verrons aux Tuileries le petit-fils de Louis-Philippe et une archiduchesse d'Autriche. Voilà le premier fruit du mariage belge.

FÉVRIER

Mercredi 1". — Travaillé avec Drouyn. Tout dépend de la réponse qu'on fera à Orloff. Parviendra- t-il à nous intimider? J'espère que non. Mes rapports, expédiés avant-hier par courrier, ont pour but de neutraliser les influences russes. — Pendant que, cet aprèsmidi, j'attendais dans la salle des pas-perdus, Drouvn de Lhuys eut avec Kisseleff une entrevue décisive, et lorsque celui-ci le pressait de nouveau, il lui remit la réponse à la note russe. Elle dit : Oui, notre intention est de ne pas traiter les belligérants sur un pied d'égalité, mais de traiter la Turquie mieux que la Russie. — Ce soir, petit bal dans les appartements de l'Impératrice. — Je rends compte à Buol d'un entretien que j'ai eu avec l'empereur Napoléon III (1) :

a Le général Gastelbajac mande, et l'Empereur m'a dit, que l'empereur Nicolas vous accuse personnellement de tenir un langage autre à Saint-Pétersbourg qu'à Paris, et que la mission du comte Orloff a, en

vi; Lettre particulière, du 2 février.

partie, pour but de porter plainte contre vous auprès de notre souverain. Des lettres particulières, reçues par des résidents russes, confirment ces accusations injustes que j'ai vivement repoussées. L'empereur Napoléon a répliqué : « C'est toujours la même tactique qui tend à nous diviser. » Voilà donc l'interprétation qu'on donne à Saint-Pétersbourg à la douceur de nos représentations, à notre longanimité poussée jusqu'à l'abnégation! Ai-je eu raison de vous dire le 17 janvier : Nous n'obtiendrons rien par les prières? J'espère qu'on sera plus accessible au langage net et catégorique que nous tenons sans doute, en ce moment, au comte Orloff qui doit comprendre que non seulement le passage du Danube, mais aussi l'occupation prolongée des Principautés, serait incompatible avec l'existence de l'Autriche, comme grande puissance et comme État indépendant. »

Jeudi 2. — Aujourd'hui, Buol a saisi la conférence, qui les a rejetées, des contre-propositions russes. Bourqueney regarde la mission d'Orloff comme échouée.

Vendredi 3. — Passé la journée dans les transes. Les Russes répandent que la crise qui, évidemment, a lieu à Vienne, se terminera par la chute de Buol. Il ne nous manquerait que de voir l'empereur Nicolas nommer et déposer nos ministres.

Je me demande quel peut être le but de la mission Orloff, si ce n'est d'arracher à l'Autriche une déclaration de neutralité. C'est contre cette tentative que devait agir mon expédition du 30 janvier. Le courrier,

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