‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 91 sur 198 · LE NESTOR DE LA DIPLOMATIE · texte numérisé non relu

LE NESTOR DE LA DIPLOMATIE

prince de Metternich de la situation? N'est-ce pas étrange et flatteur pour moi, que le Nestor de la diplomatie semble envisager avec bienveillance l'état actuel de la France, tout comme le duc de Wellington a bien voulu boire à ma santé, lorsque j'étais encore Président de la République? » Pour ma part, je m'enfermai dans des généralités en ce qui concerne nos relations avec la Russie, et je conseillai à 1 Empereur quelques démonstrations, faites pour intimider le parti révolutionnaire en Italie. Sa Majesté entra dans cet ordre d'idées.

Jeudi 9. — Ce matin, assisté à Saint-Thomas au service de cette charmante comtesse de Périgord. Chez Drouyn de Lhuys, qui reçoit pour la première fois dans le nouvel hôtel du quai d Orsay, palais somptueux et je dirais presque présomptueux, dans le goût de la fausse Renaissance. La construction de ce palais, commencé par Guizot, n'a été terminée que six ans après sa chute. Bourqueney mande par le télégraphe, que le comte Orloff. qui a quitté Vienne hier matin, a offert au dernier moment des concessions d'une portée énorme. Ce fait curieux est dû à la fermeté qu il a rencontrée à Vienne et à laquelle il ne s'était pas attendu. Si, au mois de mai dernier, nous avions montré un peu de courage, au lieu de tacher d'attendrir l'Empereur par des prières et sollicitations indignes de nous, jamais les troupes russes n'auraient passé le Pruth.

Vendredi 10. — En rentrant cette nuit du bal de me Ridgeway, je reçois un courrier de Buol, qui entre complètement dans mes idées. La demande de

neutralité formulée par Orloff a été déclinée, peut-être pas dune manière assez définitive. Mais le ton de nos ouvertures à Saint-Pétersbourg est changé du tout au tout. On a pris courage.

Samedi 11. — Mûri une expédition de courrier. Il me semble que le temps est venu de parler clairement à la Russie. Si nous l'avions fait en mai, probablement les choses auraient pris une tout autre tournure. Dans les salons, on me désigne comme un ennemi de la Russie. L'Indépendance le dit en toutes lettres. Soit!

Lundi 13. — Le courrier Leyder m'apporte le texte des concessions qu' Orloff, avant de partir de Vienne, s'était offert de recommander à son maitre, à savoir : la Russie envoie à Vienne un projet de préliminaires de paix, calqués sur la base des propositions de la conférence de Vienne du 13 janvier. Meyendorff sera autorisé à y apporter des modifications. Cette pièce, après avoir obtenu l'assentiment de la conférence, sera envoyée à Gonstantinople et acceptée par la Porte. Suivent la conclusion d'un armistice et des négociations de paix directes entre les deux belligérants. Ces ouvertures semblent avoir ébranlé notre courage. C'est toujours le cas. Dès que nous avons pris un élan, la défaillance suit aussitôt et infailliblement. Ce n'est pas ainsi que l'on mène sa barque pendant la tempête. Je pense aussi que ce jeu de bascule, produit parla peur, répond mal aux intentions de mon souverain. Il est le résultat de la lutte sourde entre Buol et nos « militaires >» .

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