‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 98 sur 198 · ASSASSINAT DU DUC DE PARME · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU DUC DE PARME

Mardi 28. — Chez Cowley. Je le trouve consterné. D'après les nouvelles de Vienne, reçues parClarendon, un revirement s'y prépare. La Prusse paralyse l'Autriche. L'idée dune déclaration commune de neutralité a été reprise, et c'est dans ce but qu'on pense que le général Hess a été envoyé à Berlin. — Nous apprenons aujourd'hui le passage du Danube par les Russes, opéré le 23 près d'Ibraïla et de Galatz, avec l'intention d'occuper la Dobroudcha. Cette nouvelle éclate ici, comme une bombe. On voit déjà les Russes à Constantinople. L'expédition anglo-française arrivera-t-elle à temps pour leur fermer le passage? A ce sujet le maréchal Saint-Arnaud me dit : « Vous pourrez me donner un soufflet sur les boulevards, si je n'y suis pas à temps et en mesure de les arrêter. »

Mercredi 29. — Le 26, le duc de Parme, en se promenant sur la grande place de sa capitale, a été assailli par un homme qui lui a donné un coup de poignard. La foule qui s'y trouvait n'a rien fait pour arrêter l'assassin. Le lendemain, le duc a succombé à sa blessure

Jeudi 30. — J'expédie le courrier Hillinger à Vienne. Je peins les conséquences funestes d'une déclaration de neutralité. — Drouyn de Lhuys confirme les nouvelles que Cowley m'a données. Oui, une grande crise a eu lieu à Vienne.

AVRIL

Lundi 3. — Thouvenel me communique un rapport de Bourqueney . Il parait que les bruits d'un revirement à Vienne ne se confirment pas. Je respire plus librement.

Dimanche 4. — Entendu avec grand intérêt un sermon de l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine (1). — Le courrier Rettich m'apporte des dépêches satisfaisantes. Il en résulte que le parti de l'Empereur est pris. Le but de la mission de Hess est de maintenir la Prusse dans la direction fixée par les protocoles de la conférence de Vienne et, s'il est possible, de concerter avec elle des préparatifs militaires.

Mercredi 5. — A3 heures chez l'Empereur, à qui je remets une lettre de mon souverain. Il me dit : « La Russie est si grande qu'il faut une coalition européenne pour la vaincre. »

Vendredi 7. — Une lettre de Richard Mette rnich, évidemment inspirée par son père, me dit que nos russophiles travaillent à obtenir mon rappel de Paris. Gela ne m'étonne guère.

Dimanche des Rameaux, 9. — Adolphe Brenner arrive de Francfort et descend chez moi. Nous sommes amis

(1) Il a été fusillé en 1871, par les communards, à la Roquette, comme otage de la Commune.

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