‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 99 sur 198 · LE DUC DE CAMBRIDGE · texte numérisé non relu

LE DUC DE CAMBRIDGE

depuis l'âge de huit ans. — Drouyn de Lhuys me communique les dernières nouvelles de Vienne. Le protocole élaboré, en conformité du projet de convention, en contient les clauses principales et est conçu en termes catégoriques. C'est à Berlin et non à Vienne qu'un revirement a lieu, et cela en faveur du parti antirusse. Vendredi, Manteuffel a déclaré dans la Chambre prussienne qu'Ârnim a été autorisé à signer le protocole, ce qui s'est fait aujourd'hui. Voilà donc un pas fait dans la bonne direction.

Jeudi saint. 13. — Chez le duc de Cambridge, fait la connaissance de lord Raglan Fitzrov-Somerset , qui prendra le commandement en chef du corps anglais. Les deux généraux sont de passage à Paris, en route pour Gallipoli. Le duc a une figure intelligente, un regard limpide, des yeux bleu clair et a plutôt l'air allemand qu'anglais. Nous avons parlé de la question d'Orient pendant une demi-heure, et je ne l'ai jamais entendu discuter avec plus de clarté et plus de bon sens. Le prince est au courant de tout ce qui s'est passé, juge les hommes et les choses avec modération et s'exprime avec la retenue que sa situation lui impose. En vrai Anglais, il soutient qu'on ne doit pas permettre que la Russie devienne une puissance maritime méditerranéenne.

Dimanche de Pâques, 16. — Petite soirée anglaise dans l'appartement de l'Impératrice. Il y avait là : e duc de Cambridge, lord Raglan, le duc de Wellington, le duc et la duchesse de Hamilton. L'Empereur me

dit qu'il espère que le temps viendra où 100,000 Français, traversant l'Allemagne en chemin de fer, iront rejoindre l'armée autrichienne en Turquie.

Lundi 17. — Agréablement surpris par une invitation au mariage de mon Empereur, aue le comte Buol me transmet par le télégraphe.

Mardi 18-vendredi, 21. — Départ de Paris, le 18 au soir, me rendant à Vienne, voie de Strasbourg, Francfort et Dresde. Dans le même train se trouve le duc de Cambridge et sa suite militaire. Il m'engage à monter dans son wagon, et nous faisons route ensemble jusqu'à Dresde. Il était fort causant et m'avoua « que jusqu'à présent aucun plan de campagne n'a pu être arrêté définitivement entre Londres et Paris, et que personne n'avait la moindre idée au sujet du futur théâtre de la guerre. Sera-ce le Danube, sera-ce la Grimée ou l'Asie? Nul ne le sait. Et cependant nous voilà en route, mais pour où? Pour l'inconnu ». — A Dresde, il y eut arrêt pendant toute la journée, que je passai fort agréablement à notre légation, avec la comtesse de Kuefstein, ses enfants et le spirituel comte Gozze. Continué mon voyage à minuit. J'étais installé dans un coupé réservé lorsque, au moment du départ, un jeune officier en ouvrit la portière pour me dire que le prince de Wasa m'invitait à prendre place dans son compartiment. Prenant mon interlocuteur pour l'aide de camp de ce prince, qui était fort de mes amis, je répondis : « Dites que vous ne m'avez pas trouvé ou n'importe quoi, mais épargnez-moi le supplice de voyager

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