‹ Neuf filles et un garçonChapitre 8 sur 47 · ET UN Q^ÇO · texte numérisé non relu

ET UN Q^ÇO

Elle était vire sana douta, elle s^emportait facile^ meut, maïs elle revenait de même ; je n'a^aU qu'à lui dire quelques bonnes paroles, qu'à lui faire la moindre caresse, tout étmt oublié. Nous ne nou9 sonmies jamais une seule fois endormis brouillés dans l'espace de vingt ans. Puis quelle économie l qwej ordre ! comme h mmon était tenu©! Jl fallait bî^n qu'elle criât de teinps ep temps contre sa do^ mestique, on ne se fait pas obéir sans peine, elle avait naturellement le verbe haut, pt, d'ailleurs, elle criait bien contre mqj. Mais j'y étais fait, je ne in'en plaignais pas; au contraire, cela animait la maison. Aujourd'hui, on entendrait voler une mouche. Aussi tout va de travers, les meublées sont cou-, vert^ de poussière, je ne mange plus rien de bon, et moi qui avais tant de peine à mettre le pied dq« hors, je ne puis plus rester à la maison, de façon que, quand j'ai 4té U niatin au cimetière, je me de-p mande avec désespoir où je passerai le reatç de la journée,»

L'émotion lui coupa la parole, et j'en profite pour prévenir le lecteur, qui pourrait s'y tremper, qu'il n'entrait pas Tombre d'hypocrisie dans ces regrets si naïvement exprimés. La douleur de M. 60renflot était sincère, Il vivait été persécuté toute sa vie, par sa mère pendant son enfance, par son père pendant ^a jeunesse, par sa femme dès le lendemain de leur mariage ; il était malheureux de ne plus

subir aucune espèce de persécution. Ce qui serait insupportable aux uns est quelquefois très-nécessaire aux autres; ce qui ferait mourir celui-ci fait quelquefois vivre celui-là. On ne sait pas tous les ingrédients qui peuvent entrer dans le bonheur relatif de certains individus, et il y a des maris, bien moins logiques que M. Gorenflot, qui se plaignent amèrement de leur compagne tant qu'elle est au monde 9 et qui ne peuvent non plus se consoler, quand ils Tont perdue.

M. Gorenflot passa près de deux heures chez Mme Renard. Il lui demanda avec intérêt des nouvelles de Charlotte, qu'il n'avait guère vue qu'au berceau, mais Sont il s'était informé de loin en loin à l'insu de sa femme, et il ajouta qu'il avait été heureux d'apprendre qu'elle avait fait un bon mariage. Mme Renard se h&ta de le détromper; elle lui protesta qu'elle était la plus malheureuse des mères» que son gendre était un homme afi&^eux, et qu'il avait eu, comble d'horreur I cinq petites filles en moins de six ans.

« Cinq? c'est beaucoup, fit observer M. Gorenflot. Nous aurions été si contents, mon Adèle et moi, d'en avoir une I

— Une ! et moi aussi, M. Gorenflot, interrompit Mme Renard, j'adore les enfants, et je lui en aurais même passé deux. Mais cinq! cinq petites malheureuses qu'on ne pourra jamais établir convenable.-

ment, tous pensez bien, et qui auront tout lieu de désirer que je meure le plus tôt possible. Aussi j'ai pris un grand parti : je ne m'étais pas remariée à cause de ma fille; mais, si je trouvais quelqu'un qui me convint, la chose serait bientôt faite, je vous en réponds. »

Mme Renard parlait avec une telle animation que ses yeux lançaient des flammes, et M. Gorenflot ne put s'empêcher de baisser les siens. La conversation ayant continué assez longtemps sur ce sujet, . la veuve finit par insinuer qu'elle commençait aussi à s'ennuyer de vivre seule; mais le veuf déclara timidement qu'il ne comprenait pas les seconds mariages, et il résulta de cette déclaiHtion un moment de silence dont il profita pour se lever.

c Quoi 1 Vous partez déjà? s'écria Mme Renard.

— Voici la nuit, répondit-il, et il y a longtemps que je suis ici.

— Je ne m'en suis pas aperçue, je vous jure. Mais vous reviendrez bientôt me voir, promettez-le moi.

— Je vous le promets.

— Nous parlerons de votre pauvre femme. --Ah! oui.

— Nous réveillerons nos souvenirs. Vous avez besoin de vous distraire, monsieur Gorenflot, vous avez besoin de vous distraire.

— Ah ! oui.

— Allons, soyefc raisonnable, et venez tné dire bonjour demain en passant.

— C'est que demain matin j'ai rendez-vous au cimetière avec le marbrier.

— Je ne sortirai pas de la journée. »

Il revint le lendemain vers la brune. Il ne voulait rester qu'un quart d'heure, mais le charme de la conversation l'entratna. Un veuf et une veuve ont naturellement beaucoup de choses à se dire, surtout lorsqu'ils ont été liés intimement pendant un temps, et qu'ils sont demeurés près de vingt ans sans se voir.

M. Gorenflot prit insensiblement l'habitude de venir tous les jours chez Mme Renard, et celle-ci s'accoutuma peu à peu à lui expliquer ses chagrins en termes de plus en plus énergiques, à lilifaire entrevoir de plus en plus la résolution qu'elle avait prise de convoler en secondes noces. L'excellent homme fut effrayé de l'exaspération de sa vieille amie; mais il essaya en vain de la calmer, il y perdit ses frais d'éloquence. La dame, qui savait très-bien ce qu'elle faisait, ne tarda point à lui parler des propositions qui lui étaient venues de la part de M. Guilain. M.Gorenflot avait trop de délicatesse dans l'âme pour lui donner tout de suite son opinion là-dessus. Il connaissait le père Guilain, il le savait fort à son aise, il le croyait fort iionnéte homme ; il n'avait donc aucune objection sérieuse à faire contre lui.

BT Ulf OABQQir. 103

Néanmoins, tout en ayant l'air d'aHuroarer tacitement ce projet d'alliance, il ne pot s'empédier de penser à part lui qa'il était dommage qu'une femme comme Mme Renard tomb&t entre les mains d'un homme, qui n'aurait peut-être pas pour elle tous les égards qu'elle méritait

Page 1