Marie, Htvue de Médecine, p. 3't
NEURASTIIÉNIK
tenses, le pouls plus plein. Il peut y avoir aussi, surtout au début, anémie vaso-molrice et refroidissement des extrémités.
Le pouls présente des modifications fréquentes, en rapport d'une part avec l'accélération plus ou moins grande des battements du cœur et de l'autre avec l'état rapidement variable de la tension artérielle.
Les pulsations des grosses artères sont souvent très exagérées ; celles des carotides surtout.
La variabililé du pouls a été constatée par la plupart des auteurs. On a cherché dans l'état de la tension artérielle, mesurée par le sphygmographe, des données sur la gravité de la maladie.
D'après Webber la diminution notable du tonus artériel serait l'indice de la gravité particulière de l'alTection, de sa durée probable, de sa résistance au traitement.
Les troubles vaso-matew^s sont très communs chez les malades de cet ordre, ils ont cela de commun avec beaucoup d'autres névropathes de divers ordres, certains héréditaires, les arthritiques, les malades en instance de goitre exophtalmique, etc.
La rougeur émotile est souvent très accusée, et très facilement provoquée chez beaucoup d'entre eux; elle peut même s'étendre sur le tronc, et donner lieu à ce qu'on a appelé la roséole émotile.
Souvent on constate des poussées congestives, survenant quelquefois sans aucun prétexte ; ces poussées
1. Webber, Boston médic. Jounml, 3 mai 188S, cité par M. Bouveret.
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congestives sont particulièrement fréquentes après le repas.
A noter fréquemment aussi une tendance très grande au refroidissement des extrémités. Les mains pâlissent et deviennent froides. Cette pâleur, il est vrai, fait aisément place à une rougeur congestive. La pâleur de la face alterne volontiers avec sa rougeur.
On peut se demander si de pareilles motlifications ne se font pas plus ou moins brusquement du côté des viscères et si elles ne peuvent pas expliquer certains des phénomènes observés, le vertige, quand il s'agit du cerveau, les bourdonnements, les sifflements d'oreilles ; les poussées de diarrhée, quand il s'agit de l'intestin.
Rappelons de nouveau, en terminant, que les congestions sont chose fréquente dans d'autres névroses. M. Peter a particulièrement insisté sur les poussées congestives du début de la maladie de Basedow ; on a proposé de dénommer l'arthritisme, la diathèse congestive.
Resjnration. — Peu de chose à signaler de ce côté ; parfois une sensation d'oppression, de la toux nerveuse. Beard prétend que l'asthme des foins est fréquent chez les neurasthéniques ; c'est là encore beaucoup plutôt une manifestation névropathique, qu'une manifestation neurasthénique, bien que son apparition soit loin d'être rare chez les neurasthéniques.
Orr/anes génilo-urinaires. — C'est une question très discutée que celle des rapports de la neurasthénie et des lésions et des troubles fonctionnels des organes
"'^ NEUHASTIII>.\IE
génitaux, chez l'homme et chez la femme. Les uns voient dans les phénomènes morhides de la sphère génitale le point de départ et la cause première des accidents névropalhiques ; les autres mettent, au contraire, la neurasthénie au premier plan, et ils en font dériver les symptômes génitaux. Il y a, à notre sens, exagération dans un sens comme dans l'autre. Pour que se développent les phénomènes neurasthéniques, il faut avant tout qu'il y ait eu prédisposition. Cette prédisposition, plus ou moins latente et muette jusquelà, peut se réveiller sous l'influence d'une cause occasionnelle à localisation génitale. A son tour la névropathie retentit sur la maladie locale et tend à l'aggraver,, c'est toujours ce même cercle vicieux que tant de lois déjà nous avons signalé.
Examinons les choses successivement chez la femme et chez l'homme.
Chez la /e??2me, atteinte de lésion chronique de l'utérus et de ses annexes, la neurasthénie est souvent ohservée. Quoi d'étonnant qu'elle apparaisse dans des conditions où tout se réunit souvent pour susciter la névropathie. Les douleurs répétées, parfois une longue réclusion, la coquetterie et l'amour-propre blessés, les ennuis de toute sorte que créent à une femme l'existence et la conscience d'une infirmité sexuelle. Tout cela est bien fait pour amener le découragement, la dépression et, pour l'appeler par son nom, la neurasthénie. Celle-ci, à son tour, peut aggraver la maladie locale en vertu des troubles généraux de santé qu'elle provoque, de l'anémie qu'elle favorise, de la
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dyspepsie qui amène un trouble de la nutrition, etc.
La neurasthénie génitale de la femme, ne peut donc être considérée que comme un cas particulier de neurasthénie secondaire, ce qui n'est pas pour nous, nous prions qu'on veuille bien le remarquer, l'équivalent de neurasthénie symptomatique.
M. Charcot a protesté avec une juste indignation contre ceux qui ont enlevé les ovaires des hystériques sous prétexte de les guérir de leur névrose ; il a prolesté avec plus d'énergie encore contre ceux qui ont enlevé les ovaires des femmes neurasthéniques. L'ovarie des hystériques était encore un prétexte à la castration. Ce prétexte même, tout mauvais qu'il est, fait défaut dans la neurasthénie.
Chez l'homme, les rapports de la neurasthénie et des organes génito-urinaires sont plus variés encore.
Dans la phase première de la névropathie, il peut y avoir irritation et priapisme, dans la seconde, impuissance complète, totale.
Les neurasthéniques sont toujours très affectés par l'existence d'une alfection génito-urinaire ; parlablennorrhagie en particulier. Ils sont réellement frappés dans leur virilité, dans leur confiance en eux-mêmes.
Lorsque l'écoulement a presque totalement disparu, ils ne sont pas débarrassés de leur inquiétude. Ils vivent en contemplation devant leur canal. Us passent des heures à chercher à en exprimer une goutte de muco-pus. Ils s'atTolent de la présence de quelques spirales, de quelques filaments blanchâtres dans le
premier jet de la miction. Volontiers ils ont recours aux injections, au cathélérisme, aux remèdes de divers ordres, conseillés souvent par des gens d'une compétence douteuse. Par tout ce qu'ils font, ilsaugmenlent le mal, ils entretiennent la proslatorrhéc qu'a laissée derrière lui l'écoulement blennorrhagique. La neurasthénie est la conséquence de cet état permanent d'inquiétude chez des névropathes de vocation.
Avec la spermatorrhée, la chose est plus complexe encore.
L'histoire classique est celle-ci. A des excès de masturbation ou de coït, à une spermatorrhée volontaire, active, succède une spermatorrhée involontaire, passive. C'est d'abord une éjaculation plus rapide dans le coït, une éjaculation dès les premiers attouchemenfs. Quelquefois des rêves lascifs, amenant la perte séminale.
Plus tard le sperme s'écoule en dehors de toute excitation sexuelle, de tout rêve; il s'écoule dans les efforts de défécation, parfois simplement à la fin de la miction.
Par la perte de substance on expliquait l'épuisement consécutif à la spermatorrhée. A l'heure actuelle, certains auteurs pensent qu'il existe dans le sperme un agent d'une grande puissance tonique, une sorte d'essence de virilité. De là les tentatives faites par M. Brown-Sequard et par d'autres, pour le traitement de l'épuisement nerveux sous toutes ses formes.
La neurasthénie serait donc consécutive, et subordonnée à la spermatorrhée. L'explication contraire
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peut tout aussi bien être admise, pour un grand nom^ bre de cas tout au moins. L'élément primordial serait alors le nervosisme. Ceux qui font des excès sexuels, naturels ou non, sont déjà des névropathes, et c'est pour cela précisément qu'ils font ces excès.
Que rexcitation première fasse place à des périodes de plus en plus rapprochées, puis ininterrompues de dépression c'est la loi générale de la névropathie. Ainsi se constitue la spermatorrhée passive, atonique, dans certains cas tout au moins. Elle exagère la neurasthénie qui la rend à son tour moins curable.
Si la spermatorrhée s'explique par quelque lésion inflammatoire chronique de la région prostatique de l'urèthre, on se trouve ramené aux cas de blennorrhagie chronique que nous avons tout d'abord envisagés.
Tels sont, pour nous, les rapports de la spermatorrhée et de la neurasthénie.
Signes objectifs. — Existe-t-il des signes objectifs de la neurasthénie ? La chose a été contestée.
On a donné comme un signe objectif la variabilité des tracés sphygmographiques, qui indique des modifications rapides de la tension vasculaire. A quelques heures, à quelques instants d'intervalle, on trouve les différences les plus grandes. (Beard, Webber.)
Par le dynamomètre on a mesuré, traduit en chiffres l'asthénie musculaire. L'esthésiomèlra a permis, dans certaines conditions, de donner des troubles de la sensibilité une mesure également matérielle.
Cela ne suffît pas pour caractériser un état morbide.
NEURASÏJIKNIE
La neurasthénie est une maladie à manifestalions a peu' près exclusivement subjectiveri.
II est regrettable qu'elle échappe à une suffisante appréciation objective, à cause surtout des contestations judiciaires auxquelles elle donne lieu ; à cause do l'intérêt qu'il y aurait, à bien des points de vue, à écarter la simulation et l'exagération intéressées.
De la prédominance de certains des symptômes capitaux de la neurasthénie, de la répartition des phénomènes, de leur combinaison avec d'autres névroses l'ésultent des formes cliniques, dont on a eu, à notre sens, le tort d'exagérer le nombre.
Voici, en efîet, l'énumération des formes cliniques admises par les principaux auteurs :
Beard. — Cérébrasthénie, Myélasthénie. Forme gastrique.
. Forme génitale.
Neurasthénie traumatique.
Hémineurasthénie.
Hystéro -neurasthénie.
Bouveret. — Neurasthénie cérébro-spinale.
— cérébrale. — Cérébraslhi'-
nie.
— spinale. — Myélasthénie.
— aiguë.
— héréditaire.
Neurasthénie féminine.
— génitale.
Hystéro-neurastliénie.
Hystéro-neurasthénie traumalique.
LeviUain. — I. Variétés cliniques.
Forme cérébro-spinale commune,
Hémineurasthénie.
Cérébrasthénie.
Myélasthénie.
Neurasthénie cérébro-gastrique et céré-
bro- cardiaque.
Névrose gastrique.
Neurasthénie sexuelle de Beard.