II. Variétés étiologiques
Neurasthénie traumatique.
Hystéro-neurasthénie.
Neurasthénie héréditaire.
Neurasthénie féminine.
Neurasthénie mâle et ouvrière.
On voit que si l'accord existe sur certaines variétés cliniques, il est loin d'être complet. Tout cela paraît très compliqué, mais est en réalité assez simple, et il serait facile, en s'engageant dans la voie indiquée par les auteurs qui précèdent, d'augmenter encore le nombre des formes de la neurasthénie ; pourquoi ne pas admettre, par exemple, une neurasthénie oculaire
■'f> NRunAsrnîCNiR
pour les malades qui présenLent d'une façon accentuée, le phénomène de l'aslhénopie ?
Frappé des inconvénients de ces longues énumérations de formes plus ou moins bien motivées, M. Blocq * propose un tableau très simple dans lequel il est facile de faire rentrer presque tous les cas de neurasthénie.
A. Neurasthénie sans prédominance excessive d'aucun syndrome. Neurasthénie généi'ale.
B. Neurasthénie av^ec prédominance d'un syndrome relevant plus particulièrement.
a) De l'appareil cérébral : Neurasthénie cérébrale.
b) De l'appareil nerveux spinal : Neurasthénie spinale.
c) De l'appareil nerveux sympathique. Neurasthénie sympathique.
d) De l'appareil nerveux périphérique. Neurasthénie périphérique.
On peut faire à ce tableau quelques objections : oii pourrait-on, par exemple, y ranger l'hémineurasthénie? Qu'entendre exactement par neurasthénie sympathique? M. Blocq y place sans doute la neurasthénie cardiaque et la neurasthénie gastrique ou gastro-intestinale ; l'expression n'est pas alors très juste, car on peut incriminer tout aussi bien le pneumogastrique que le sympathique ; il faudrait dès lors dire neurasthénie vago sympathique et la subdiviser en neurasthénie cardiaque et neurasthénie gastro-intestinale ou dyspeptique.
Du reste M. Charcot n'attache qu'une médiocre im- 1. Gaz. des Ilôpit., u» iG, 181)1.
poliancc à ces divisions; la prédominance de telle ou telle manifestation, de telle ou telle localisation, ne masque pas le caractère général de la névropathic sous-jacente : c'est sa gravité qu'il importe surtout de déterminer. La question des formes est secondaire. Il ne faut donc pas outre mesure s'en préoccuper, ni leur attribuer une signification trop étroite.
Trois circonstances cliniques sont surtout à considérer parce que leur existence ou leur absence donne immédiatement des données importantes sur l'étiologie de l'état névropathique et sur son évolution probable :
La neurasthénie est simple, exempte de tout signe marqué de dégénérescence, exempte de toute autre névrose surajoutée ;
2° La neurasthénie s'accompagne de signes certains, accusés de dégénérescence ;
3° A la neurasthénie se surajoutent des stigmates d'une ou de plusieurs autres névroses. (L'exemple le plus fréquent est donné par l'hystéro-neurasthénie.)
A propos de l'évolution, nous rechercherons s'il y a lieu d'admettre une neurasthénie aiguë.
i° NEUHASTllÉNIlî SIMPLE
Nous entendons donc par là la neurasthénie indépendante de stigmates d'autres névroses. (Hystérie, épilepsie, migraine, etc.)
Ses variétés cliniques sont nombreuses ainsi qu'en
témoignent les tableaux dressés par les auteurs et que nous avons reproduits plus haut.
Il est facile en tout cas de se rappeler que ces formes sont caractérisées par la prédominance des symptômes sur telle ou telle partie du système nerveux, sur tel ou tel appareil. On peut admettre ainsi les formes suivantes :
/ Neurasthénie cérébro-spinale.
Cl- \ — cérébrale.
Système nerveux '
I — spinale.
\ — périphérique.
Appareil digestif. — Neurasthénie dyspeptique.
Appareil circulatoire. — Neurasthénie cardiaque.
Appareil génito-urinaire. — Neurasthénie génitale
Ajoutons, une fois pour toutes, qu'à chacune de ces variétés on doit ajouter la mention légè7'e ou grave : si l'on veut avoir une juste idée des possibilités diverses. L'intensité de la maladie est un élément important, dont il faut toujours tenir compte.
Neurasthénie cérébro-spinale. — La neurasthénie cérébro-spinale, sans prédominance marquée des localisations sur tel ou tel département du système nerveux, est celle qui a servi de base à toutes les descriptions. Dans un certain nombre de cas que l'on doit ranger ici, on peut rencontrer les phénomènes principaux, caractéristiques de la neurasthénie, les stigmates en un mot, distribués en quelque sorte dans un ensemble dont toutes les parties se balancent, sans l'emporter notablement les unes sur les autres. 11 est bien délicat, <iu reste, de dire à quel moment se trouvent méritées
TABLEAU <ÎÉNÉRAL. — SÉMÉIOLOGIE, ETC. 99
les dénominatioQs decérébrasthénie et de rmjélaslhénie, par lesquelles on désigne la neurasthénie cérébrale et la neurasthénie spinale.
Dans la neurasthénie cérébro-spinale simple, on trouve donc, du côté de la tête et du cerveau de la céphalée, de l'insomnie, de la diminution de la volonté, de l'impuissance au travail intellectuel, de la diminution de la mémoire; du côté de la colonne vertébrale et de la moelle, de la rachialgie, des douleurs erratiques ou névralgiques des membres, de l'irritation de la vessie, de l'asthénie motrice, enfin, du côté des viscères, de la dyspepsie gastro-intestinale, des palpitations. C'est, une fois de plus, le tableau moyen de la neurasthénie commune.
A cette formebanale, on peut dire, on peut annexer certaines formes que distinguent certains auteurs, mais qui n'ont guère de spécial que leur gravité et leur évolution. Ce ne sont donc en réalité que des subdivisions, ainsi la neurasthénie héréditaire, la neurasthénie féminine.
On peut en rapprocher également l'^eminswrasf/iefite.
Examinons successivement quels sont les caractères qui pourraient à la rigueur permettre de conserver à ces modalités l'importance de véritables formes cliniques.
L' héinineurasthénie a été distinguée par Beard ; ce qui la caratérise, c'est la prédominance très nette des phénomènes anormaux dans une moitié du corps. M. Charcot a été également frappé, avant de connaître le travail de Beard, par cette unilatéralité. C'est ce
qu'il appelait volontiers la neurasthénie dimidiée.
La céphalée, la sensation de casque, de constriction crânienne n'existe que d un côté (heinigaleati, Gharcot). La faiblesse des membres se montre exclusivement ou avec une prédominance marquée sur le membre supérieur et le membre inférieur du même côté. 11 en est de même des sensations douloureuses; la coexistence du même côté de la céphalée et de l'hémiparésie doit attirer l'attention; elle peut amener à reconnaître la neurasthénie sous cette foi^me larvée.
La neurasthénie héréditaire se distingue par la précocité du début des accidents névropathiques, leur intensité, la coexistence fréquente de bizarreries ou de phobies en rapport avec un trouble mental qui déborde quelques fois la neurasthénie simple, par sa longue durée et, enfin, sa résistance au traitement.
Les neurasthéniques héréditaires ont souvent une hérédité chargée; il faut rechercher avec soin, soit chez les ascendants, soit chez les collatéraux, les névroses, les vésanies, les maladies de souche arthritique et, en particulier, la goutte et le diabète. Eux-mêmes font volontiers souche de dégénérés, qui ne sont pas forcément des neurasthéniques. La neurasthénie n'est pas ici le premier chaînon, c'est un anneau dans une série (|ui se continue.
Le terme de neurasthénie féminine est assez ambigu ; il a pu servir à désigner des choses différentes; un mode un peu particulier de la neurasthénie cérébrale, et la neurasthénie observée, parfois secondairement, chez des femmes atteintes de lésions de l'utérus et de
ses annexes. C'est dans le premier de ces deux sens que nous la considèrei^ons exclusivement ici. .
Dans la neurasthénie féminine ainsi comprise, ce qui domine, c'est l'intensité extrême de ladépression cérébrale et de l'épuisement nervo-moteur. Les malades sont littéralement sans forces et sans courage, incapables de se livrer à leurs occupations habituelles : diriger leur maison, lire, faire quelque facile travail d'aiguille. Elles ne peuvent marcher, quelques-unes ont grand peine à se tenir debout; après quelques instants, elles sont obligées d'avoir recours à leur chaise longue, sur laquelle elles passent des journées entières; quelques-unes mêmese confinent complètementau lit. Il en est qui, lorsqu'elles essaient de se lever, sont prises de tremblement, d'angoisse, de sueurs froides, de tendance à la défaillance; elles ont l'anxiété, la phobie de la station debout et de la marche, de même que d'autres ont l'agoraphobie, la claustrophobie ou toute autre phobie.
Cet état mental particulier, décrit par Neftel sous le nom à'atrémie, est en réalité un symptôme vésanique qui, sans doute, dérive de la dégénérescence.
Weir Mitchell a parfaitement décrit cette neurasthénie féminine, avec sa dépression cérébro-spinale excessive. Il a parfaitement montré qu'il y avait là un état psychique particulier, une sorte d'auto-suggestion qui, après avoir servi à constituer l'état morbide, s'oppose à sa guérison. 11 a bien vu aussi que le véritable traitement de ces états névropathiques devait être avant tout psychique. C'est contre lui qu'il a proposé
la séquestration médicale qui rend de si grands services dans certains cas rares de neurasthénie grave. Il a bien compris qu'il faut avant tout soustraire ces malades au milieu dans lequel elles vivent habituellement, les soustraire à la commisération attendrie de leurs proches, de leur mère surtout.
Les neurasthéniques femmes sont souvent de véritables tyrans qui, dans une maison, subordonnent tout à leur maladie, et qui y trouvent un aliment constant dans les soins même dont elles sont entourées.
Souvent ce sont des geignardes (Charcot) dont la vie n'est qu'une longue plainte, une plainte iocessante, d'une modulation monotone, à laquelle tout sert de prétexte. Souvent aussi, ce sont des incomprises, et l'on trouve à la fois chez elles la dépression neurasthénique et le tourment d'une âme méconnue, qui cherche une âme sœur qu'elle a de grandes chances de ne trouver jamais.
La neurasthénie dépressive des femmes s'installe souvent à la suite de grands chagrins, de grands tourments, de vives déceptions, de fatigues physiques jointes à l'inquiétude morale. On l'a bien des fois signalée chez des personnes qui ont, pendant longtemps, soigné un être cher, sans repos physique suffisant, continuellement ballottées de l'espoir à la crainte.
Dans la neurasthénie céi^ébrale, ce qui domine, ce sont les manifestations céphaliques et encéphaliques. La céphalée sous ses divers aspects, l'insomnie, les vertiges, la dépression de la volonté, le découragement, l'impuissance au travail, la tendance à la mélancolie
TABLEAU GÉNÉRAL. — SÉMÉIOLOGIE, ETC. lU^
et auxphobies.C'estde préférence une forme masculine.
Dans la neurasthénie spinale, c'est la rachialgie, la faiblesse des membres et, en particulier, des membres inférieurs et quelquefois un certain degré d'irritation génito-urinaire. La coïncidence de la myélasthénie et de ce qu'on appelle la neurasthénie génitale n'est pas très rare, chez l'homme tout au moins. Beaucoup de ces malades ont la persuasion qu'ils ont une faiblesse particulière, sinon une véritable maladie de la moelle et c'est là, de toute évidence, dans certains cas, la cause de l'établissement de la neurasthénie sous cette forme particulière et de sa durée. L'auto-suggestion y joue un grand rôle.
Dans la neurasthénie périphérique, c'est-à-dire dans laneurasthénieàmanifestations prépondérantesducôté du système nerveux périphérique, on observe des douleurs vagues, rhumatoïdes, des douleurs qui rappellent celles de l'ataxie locomotrice et qui constituent une sorte de pseudo-labès neurasthénique et, parfois, de véritables névralgies, fixes ou mobiles.
D'après M. Blocq', la neurasthénie peut se révéler par un seul symptôme, neurasthénie mono-symplomaiique et ce symptôme est souvent une douleur fixe « localisée dans une région variable, mais non en rapport avec un district anatomiquement ou physiologiquement délimité ». C'est ce que cet auteur dénomme la lopoalgie.
1. J. Blocq, Sur un syndrôine caraclérisé par de. la topoalgi: (neuras'Jicuie mono-symplomatiquc , forme douloureuse), Gazelle hebdomadaire, n»» 22 et 23, 1891.
NBURASTJIÉNIE
Elle est surtout caractérisée par l'existence de plaques douloureuses de répartition variable; elle peut s'installer d'emblée ou représenter au contraire le reliquat d'une neurasthénie éteinte. Il y a souvent des crises paroxystiques.
Parmi les formes les plus intéressantes cliniquement et les plus curieuses de la topoalgie, on peut citer la langue douloureuse (glossodynie de Verneuil) la douleur du coccyx (cocciodynie;, les obsessions dentaires de Galippe, l'impuissance.
Parfois, au niveau des plaques douloureuses, on relève des troubles plus ou moins marqués de la sensibilité à l'exploration (hypo ou hypéresthésie) et des troubles vaso-moteurs spontanés ou facilement provoqués; par exemple, la rubéfaction sous l'influence d'une irritation très légère, très superficielle. • Neurasthénie dyspeptique. — La dyspepsie dans la neurasthénie peut devenir le phénomène le plus accentué. On peut, ainsi que nous l'avons dit déjà, rencontrer les différentes formes de la dyspepsie stomacale : dyspepsie avec prédominance des phénomènes nervo-moteurs, dyspepsie par hyperchlorhydrie, dyspepsie avec stase hypochlorhydrie et hypéracidilé organique.
Parfois, ce sont les manifestations intestinales qui sont les plus marquées et l'on peut trouver du t^^mpanismegaslro-inteslinal, de la constipation opiniâtre, de l'entérite pseudo ou muco-membraneuse (colite chronique), ou encore de la diari'hée nerveuse dans sa forme continue ou sa forme paroxystique.
TABLEAU GÉNÉRAL. — SÉMÉIOLOGIE, ETC. lOo
Dans une des formes les plus nettes de -la neurasthénie dyspeptique à prédominance intestinale, une douleur plus ou moins vive, variable dans son expression, se montre dans l'abdomen, au niveau de la région ombilicale, plutôt au-dessous qu'au-dessus de l'ombilic, 3 à 5 heures après le repas, chez des personnes qui ne sont nullement des hyperchlorhydriques. Tantôt c'est une sensation de tortillement, tantôt une sensation de brûlure qui se déplace transversalement, à peu près dans la direction du gros intestin. Parfois, mais non toujours, ces crises sont suivies de diarrhée. Elles sont habituellement nocturnes et elles deviennent ainsi une cause d'insomnie.
Dans la diarrhée permanente, il y a chaque jour des évacuations alvines nombreuses: trois, quatre, huit et dix selles; la situation est assez analogue à celle de certains tabétiques.
Chez d'autres malades, la diarrhée survient à certains intervalles, avec ou sans cause connue. Klle peut être provoquée par un refroidissement léger, l'ingestion des boissons froides, une alimentation un peuplus copieuse que d'habitude, une émotion. Elle peut succéder à des périodes de constipation et correspondre^ en somme à une véritable débâcle.
La dyspepsie peut amener chez les neurasthéniquesun véritable état de cachexie. Ces malades restreignent souvent beaucoup leur alimentation, soit parce qu'ils manquent d'appétit, soit parce qu'ils ont peur des malaises qui succèdent à l'ingestion des aliments. Us maigrissent, prennent une teinte jaunâtre ou ter-
'^'-'t> NEURASTHÉNIE
reuse, et, en un mot, tendent nettement vers la cachexie. C'est un véritable cercle vicieux, en effet, moins ils s'alimentent, moins bien ils assimilent ce •qu'ils ingèrent, plus s'altèrent les phénomènes de l'irritabilité et de la dépression nerveuse ; plus lanévropathie s'accentue, plus s'accusent également les troubles digestifs.
On a discuté pour savoir si la dyspepsie pouvait être le symptôme unique de la neurasthénie
Cela ne présente qu'un intérêt en somme assez médiocre, Ce qu'il importe de savoir c'est qu'on a affaire à un état névropathique ; peu importe, en somme, qu'il s'agisse ou non d'une sorte de neurasthénie larvée ' ou monosymptomatique.
JSeurasthénie cardiaque. — Les troubles cardiaques que nous avons étudiés plus haut prennent parfois une assez grande intensité; ils prennent dans les préoccupations du malade, sinon du médecin, une telle importance que l'admission d'une forme de neurasthénie cardiaque est parfaitement justifiée. Après ce que nous en avons dit antérieurement, nous croyons inutile d'insister sur sa pathogénie. 11 est très difficile souvent de ■déterminer dans quelle mesure elle est le fait de l'imagination, d'un véritable état de psychopathie auto-suggestive.
Neurasthénie génitale. — Elle doit être considérée
1. P. Glatz, Étude sur Vatonie elles névroses de l'estomac. Neurasthenia vago-sympathica, 1S91.
Evvald, Maçienskrankkeilen.
Séparément et successivement chez l'homme et chez la femme
Chez l'homme neurasthénique, les phénomènes observés du côlé de l'appareil génito-urinaire peuvent être exclusivement ceux contre lesquels le malade demande secours; ils peuvent être et sont souvent à la fois cause et effet. Ils provoquent et entretiennent l'état neurasthénique, qui, à son tour, les augmente et les maintient. C'est un nouvel exemple de ces cercles vicieux morbides auxquels les névropathies donnent si souvent naissance.
L'histoire de la spermatorrhée quia donné lieu à tant de publications, de nature plus ou moins scientifique, est loin d'être complètement éclaircie.
Nous nous en sommes occupé déjà", nous n'y reviendrons pas.
Ce quele neurasthénique spermatorrhéique à de particulier, c'est bien moinssa spermatorrhée que son état psychique spécial et la nature de ses préoccupations hypocondriaques.
On peut observer le priapisme, l'impuissance, la spe?'-
malorrhée.
Le priapisme est un de ces signes d'irritation qui doivent bientôt donner lieu à des phénomènes absolument opposés d'asthénie, de dépression.
J'en aivuet rapporté un exemple des plus accentués