TABLEAU GÉNÉRAL
— SÉMÉIOLOGIE, ETC.
3° UYSTÉRO-NEURASTUÉNIE
La neurasthéaie peut se trouver chez le môme individu unie à divers états névropatiiiques, l'épilepsie, la migraine, le tremblement sénile, etc. Cette coexistence se comprend très bien si l'on admet la communauté d'origine étiologique et héréditaire de ces divers états névropathiques ; elle n'a rien qui puisse surpren'dre.
Plus intéressante est la coexistence de l'hystérie et de la neurasthénie chez le même sujet. Il y a là une combinaison, M. Charcot aime mieux dire une superposition pleine d'intérêt en clinique. En efTet, on voit souvent la neurasthénie et l'hystérie se montrer simulta. nément chez les mêmes individus à la suite d'une violente commotion, surtout d'une violente commotion physique. Les accidents de chemin de fer en ont fourni de nombreux exemples.
Les accidents nerveux consécutifs aux grandes commotions ont été signalés tout d'abord par un chirurgien anglais, Brodie, et étudiés plus tard en particulier parErichsen^ Ils ont été dénommés 7^aihvay-spine, pour bien indiquer leur apparition fréquente à la suite des accidents de chemin de fer. Russel Reynolds entrevit bien la nature psychique des phénomènes observés ; pour lui, ils étaient le résultat d'un état d'esprit particulier « dépendent on idea ». On avait tendance jusque-là à admettre l'existence de lésions superficielles et
1. On railwayand olher injuries of the nervous System, Londres 186&. '
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diffuses de la moelle provoquées par la concussion spinale.
Pour deux auteurs allemands, Oppenheim et Thomsen, il s'agissait non d'une lésion de la moelle mais d'une névrose spéciale, la névrose traumatiqne, et c'est sous ce nom qu'on a le plus souvent en Allemagne désigné l'ordre de faits qui nous occupe en ce moment
M. Charcot, étudiant des faits semblables dans le milieu nosocomial si riche de la Salpêtrière, fut frappé de leur analogie avec l'hystérie. 11 vit que par suggestion on pouvait chez des hystériques susciter des accidents absolument analogues à ceux que l'on pouvait observer dans la prétendue névrose traumatique et dans la maladie d'Erichsen, dans le railway spine. 11 vit de plus que bien souvent il y avait en quelque sorte mélange de l'hystérie et de la neurasthénie. L'hystéroneurasthénie est pour lui une névrose combinée, assez variable d'allures, qu'engendre souvent le traumatisme chez des individus prédisposés ^
Le traumatisme peut, du reste, provoquer isolément des accidents neurasthéniques et des accidents hystériques.
1. Die traumntischen Neuroseii nach dm in d>ir Neroenklinik der Charité, in den letzen 5 Jahren, gesammelten Beobactunqen bearbeitet und dargestellt von 0' med Herm. Oppe7iheim,Bev\in, 1889.
Spinal Concussion, Erichsen disease, par S. V. Clevenger. Philadelphia and London, 1889.
2. Charcot, Leçons sur les maladies du srjstème nerveux, t. III. Leçons du mardi, 1887-89. — Berbez, Hystérie et traumatisme. Thèse de Paris, 1887. — G. Guinon, Les agents provocateurs de Vhystérie. Thèse de Paris, 1889.
D'autre part, malgré l'importance des grandes commotions physiques dans la genèse de l'hystéro-neurasthénie, cette névrose mixte peut se produire en dehors de toute espèce de traumatisme. Une émotion morale vive suffit à lui donner naissance.
Elle se montre fréquemment a;ussi chez des gens sans feu ni lieu, chez les vagabonds sans moyen d'existence (Charcot). Du reste, Benedikt, de Vienne, reprenant l'idée de M. Charcot sur les rapports du vagabondage et de la neurasthénie, est arrivé à cette conclusion inattendue que la neurasthénie est, en quelque sorte, l'élément fondamental du vagabondage '.
L'hystéro-neurasthénie a été vue dans le saturnisme". Il est possible qu'elle puisse se montrer aussi sous l'influence d'autres intoxications.
Le traumatisme qui amène l'éclosion de la névrose n'est pas nécessairement très intense ; il peut s'agir par exemple d'une simple chute de sa hauteur, de plein-pied.
Le début est assez variable. Tantôt à la suite d'un' choc violent, purement physique, ou à la fois physique et moral, comme dans une collision de chemin de fer où la peur peut être très vive, au moment même de l'accident, et l'émotion produite par le spectacle des résultats de la catastrophe très intense, le malade reste comme hébété dans un état de torpeur plus ou moins profonde. Il est comme indifférent à ce qui se passe autour de lui; il ne se souvient nullement de ce qui