G. Guinon, Th. de Paris, 1SS
118 NEURASTUÉNIE
concerne l'accident. Les jours suivants, l'affaissement intellectuel diminue un peu, mais il y a de l'insomnie, de la faiblesse générale; en un mot, des signes de neurasthénie auxquels pourront se joindre au bout de quelque temps des signes d'hystérie.
Parfois, la victime de l'accident n'a rien éprouvé sur le moment ; enchanté de n'être pas blessé, il a pu concoui'ir au sauvetage des autres voyageurs, et ce n'est que le lendemain ou le surlendemain que sont apparus les phénomènes nerveux.
D'autres, immédiatement après l'accident sont pris d'une terreur folle, ils n'ont qu'une pensée, se sauver. A la catastrophe de Saint-Mandé, beaucoup de voyageurs sortis des wagons, ont escaladé, comme à l'assaut, les berges de la tranchée, très profonde à cet endroit. Ils ont arraché les arbres et les haies dans leur ascension affolée. On a vu tout récemment, à la suite de l'explosion de dynamite du boulevard Magenta, au restaurant Véry, ceux qui n'étaient ni blessés, ni pris sous les décombres, se sauver en courant, pris d'une folle terreur.
Chez quelques-uns, il y a, le soir même, de l'agitation vive et des vomissements répétés. Les jours suivants, l'estomac demeure intolérant pour toute espèce de solide ou de liquide et les vomissements persistent en même temps qu'apparaissent la céphalalgie, la rachialgie, la dépression générale des forces, l'insomnie ou les cauchemars. Nous avons vu deux faits de ce genre à la suite de la collision de Saint-Mandé ; les malades étaient des femmes. Chez l'une d'elles se sont
installés ultérieurement des accidents d'hystéro-neurasthénie. Le plus souvent, c'est chez les hommes qu'on les constate.
Cette hystéro-neurasthénique, j'avais pu l'amener à l'Hôtel-Dieu où j'étais en ce moment chargé d'un service. Sortie de son milieu ordinaire, encouragée chaque jour, soumise à un véritable entraînement moral, elle n'avait pas tardé à s'améliorer beaucoup. Le sommeil et l'appétit étaient revenus. Les vomissements du début avaient disparu; la malade pouvait rester levée et se promener pendant la journée presque entière. Malheureusement, à la campagne, elle tomba entre les mains d'un médecin qui jDarlà de commotion de la colonnevertébrale, demaladiede lamoelle, et ellene tarda pas à redevenir plus malade que jamais et, à l'heure actuelle, dix mois après l'accident, elle est encore une grande hystéro-neurasthénique. Je suis persuadé qu'elle serait guérie si elle était restée dans le milieu favorable où je l'avais placée. Il est vrai d'ajouter que les préoccupations de son procès contre la Compagnie de l'Est ont pu être un obstacle, même désintéressé, à son rétablissement.
Quoi qu'il en soit, ce qu'on observé le plus souvent dans les premiers jours, c'est de la neurasthénie à forme cérébro-spinale caractérisée par la céphalalgie, la tristesse, la perte de mémoire, l'impuissance au travail intellectuel, l'émotivité facile, l'insomnie ou le sommeil agité, la rachialgie et la faiblesse musculaire. Il n'est pas rare non plus d'observer des accidents dyspeptiques plus ou moins marqués, avec
inappétence, pesanteur et ballonnement du ventre- Parfois les malades ont été, en quelque sorte, transformés du tout au tout. Avant l'accident ils étaient gais, vigoureux, pleins d'entrain et degaîté; après l'accident ils sont tristes, sans force et sans courage. « Je n'étais plus le même homme ! » est une phrase dont se servent beaucoup d'entre eux pour indiquer le changement qui s'est si rapidement produit.
Les signes de l'hystérie n'apparaissent que plus tard ; ils peuvent n'être pas évidents; il est parfois nécessaire de les chercher méthodiquement. Alors on peut constater, isolément ou simultanément, du rétrécissement concentrique du champ visuel, de l'achromaptopsie, de l'amblyopie d'un seul ou des deux côtés, de l'hémianesthésie, des points hystérogènes.
Parfois, certains phénomènes hystériques attirent l'attention: des crises convulsives, des paralysies, des contractures qui présentent nettement les allures qu'ont ces accidents dans l'hystérie.
La démarche, l'aspect extérieur du malade sont quelquefois assez caractéristiques. Ses mouvements sont lents, sa marche hésitante. Il titube à la façon d'un ataxique ou bien il marche en traînant les jambes lourdement. Il y a de la raideur de la nuque et de la colonne vertébrale, de sorte qu'il se déplace tout d'une pièce. La force musculaire, mesurée au dynamomètre, paraît beaucoup diminuée, notablement inférieure à ce que l'on serait en droit d'attendre d'un homme de la même stature, de la même musculature. Les réflexes
sont plus volontiers, dans ces conditions, augmentés que diminués.
L'état moral est assez particulier ; des hommes d'aspect vigoureux, autrefois pleins de courage, deviennent pusillanimes, sans force, sans volonté. Ils pleurent facilement, tressaillent au moindre bruit, deviennent indifférents à ce qui les intéressait et les occupait auparavant.
Telle est, dans ses traits généraux, l'hystéro-neurasthénie qui représente, comme on le voit, un processusclinique particulier qui mérite, à tous égards une description spéciale.