CHAPITRE V
DIAGNOSTIC
Nous ne ferons pas, une fois de plus, I enumération des stigmates de la neurasthénie. C'est sur leur présence que repose surtout et avant tout le diagnostic. Toutefois, on a pu voir qu'il n'est pas nécessaire d'exiger la présence simultanée de tous les signes. A la rigueur même, la neurasthénie peut être monosymptomatique.
Lorsque dominent les symptômes de l'asthénie, ce qu'il faut tout d'abord déterminer, c'est qu'il n'y a pas quelque grave cause d'affaiblissementgénéral, qu'il n'y a pas, par exemple, de diabète, d'albuminurie, de tuberculose, etc. L'examen des urines doit toujours être fait dans ces conditions.
La .durée variable des manifestations neurasthéniques, la mobilité des symptômes qui ne comportent pas de paralysie complète, d'inégalité durable des pu. pilles, pîir exemple, sont deux caractères qu'il ne faut jamais perdre de vue.
Suivant les prédominances symptomatiques et les formes cliniques observées, on peut avoir à différencier
la neurasthénie d'un assez grand nombre de maladies Nous ne pouvons, sans prétendre en donner une liste complète, qu enumérer les principales possibilités.
Cérébmslhênie. — La céphalée neurasthénique est assez souvent une cause d'embarras, soit que l'on considère comme neurasthénique une céphalée qui est de nature différente, soit que l'on ait tendance à commettre l'erreur inverse.
On peut avoir à distinguer la céphalée neurasthénique de la céphalée syphilitique et urcmique, de la céphalée des tumeurs cérébrales, des autres céphalées névropathiques, de la céphalée des adolescents. Nous ne parlons pas des névralgies que leurs points maxima caractérisent suffisamment.
Céphalée syphilUique. — On doit distinguer la céphalée secondaire et la céphalée tertiaire.
A la période secondaire, on peut admettre qu'il existe chez certains syphilitiqués un état de neurasthénie secondaire analogue à l'hystérie des états toxiques ou des états infectieux. La caractéristique de la céphalée syphilitique c'est, outre l'exacerbation nocturne sa coïncidence avec des accidents secondaires : roséole, éruption papuleuse, plaques muqueuses, chute des cheveux, etc. Elle cède au traitement mercuriel.
La céphalée de la syphilis tertiaire, peut, d'après M. Fournier \ constituer une forme de la syphilis cérébrale, mais souvent elle annonce l'entrée en scène de quelque grave lésion encéphalique, diffuse ou limitée. Il faut signaler surtout, comme traits distinctifs, l'a- 1. Syphilis cérébrale.
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cuité de la douleur chez les syphilitiques, sa prédominance nocturne, et, souvent, l'existence d'autres manifestations sous la dépendance d'une lésion cérébrale : vertiges, étourdissements, pertes de connaissance, parésie, paralysie, diminution de l'intelligence etc,. La céphalalgie syphilitique, assez souvent unilatérale, est réveillée par la percussion du crâne en un point que le malade indique comme le point de départ de sa douleur céphalique.
Les derniers phénomènes que nous venons d'énumérer, sont en somme les signes communs de toutes les tumeurs cérébrales. A signaler ici, toutparticulièrement,. que inégalité des pupilles que l'on observe quelquefois aussi dans la neurasthénie, n'a pas dans cette névrose la fixité qu'elle a dans les lésions matérielles de l'encéphale. C'est là un point particulier qu'il importe essentiellement de ne pas perdre de vue.
Les arlério-scléreux et les brightiques ont souvent de la céphalée neurasthénique. La combinaison de la neurasthénie et de l'artériosclérose, ou de la néphrite interstitielle n'est du reste pas chose rare. Il peuty avoir une véritable difficulté à établir cette différenciation. L'examen de l'urine, du cœur, des vaisseaux; l'influence du régime lacté fourniront les points de repère. Certaines néoropathies donnent lieu à de la céphalalgie: d'une façon régulière, obligatoire comme la migraine, accessoire en quelque sorte comme l'hystérie et la maladie de Dasedoiv.
Dans la migraine, la céphalalgie se présente par crises, elle s'accompagne de nausées, de vomissements,.
^•^o . NEURASTHÉNIE
quelquefois de scotome sciatillant; elle est souvent périorbitaire et habituellement unilatérale.
Dans le goîlre exophtalmique, la céphalalgie n'est pas rare ; quand la maladie est.au complet, nul embarras pour le diagnostic. II n'en est pas de même avec une maladie de Basedow fruste ; cependant les palpitations, ^a tachycardie et le tremblement constitueraient par <;lles seules de sérieuses présomptions en faveur du goitre exophtalmique.
La céphalée hystérique, à exacerbations vespérales assez fréquentes, présente souvent la forme en clou ; •elle est moins prépondérante que la céphalée neurasthénique et se montre chez des malades qui ont d'autre partdesmanifestationshystériquesplusoumoins nettes.
La céphalée de croissance se montre chez des gens jeunes, elle est volontiers frontale; la céphalée neurasthénique est plutôt occipitale.
Vertiges. — Les vertiges peuvent faire penser soit à line affection cérébrale, soit à l'artério-sclérose ou à la maladie de Ménière. Pour les deux premiers cas, nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit •tie la céphalée.
Il n'est pas rare que le vertige neurasthénique affecte •la forme du vertige de Ménière.
Toutefois, il est moins accusé, il ne provoque pas la chute et ne s'accompagne pas de la sensation de précijntation ou de roulis qui est parfois un supplice si atroce dans la vraie maladie de Ménière. Enfin, on ne constate pas de diminution de l'ouie. (Charcot).
Nous avons dit déjà combien il est difficile de mar-
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quer la limite qui sépare la neurasthénie de la vésanie à forme mélancolique ou des phobies de dégénérescence ; nous n'y reviendrons pas.
Myélasthénie. - La question qui se pose ici est de savoir s'il existe ou n'existe pas une affection médullaire.
Il n'y a pas dans la neurasthénie de véritable pamlysie, mais seulement des affaiblissements passagers et mobiles; réflexes ne sont pas abolis, mais plutôt exagérés; enfin, \&% phénomènes vésicaux n'ont ni l'intensité ni les allures de ceux qu'on observe dans les myélites.
Les douleurs fulgurantes font souvent redouter le tabès, mais il n'y a ni sigue de Romberg, ni signe d'Argyll Robertson, ni anesthésie, ni phénomènes sphinctériens; les réflexes sont conservés. M. P. Blocq a remarqué que le pseudo-tabès neurasthénique se rencontre de préférence soit chez des médecins ou des étudiants en médecine, soit chez des personnes qui ont soigné quelque parent ataxique ou étudié le tabès dans des livres de médecine. La remarque a son intérêt et son importance pratique.
La monoplégie, surtout avec anesthésie segmentalre, appartient à l'hystérie et non à la neurasthénie.
Forme cardiaque. — L'auscultation révèle l'absence lie tout souffle symptomatique d'une lésion organique. Varijthmie peut se montrer, mais elle cède généralement à une hygiène convenable.
L'angine de poitrine présente les caractères de l'angine de poitrine névropathique ; crises survenant sans cause, répétées, relativement peu violentes, de longue
MEURASTIIÉ.ME
durée, avec quelquefois des troubles vaso-moteurs accentués.
^ Forme dyspeptique. — Toutes les formes delà dyspepsie nerveuse pouvant se rencontrer chez les neurasthéniques, ce qu'il importe de déterminer, c'est qu'elle existe bien chez un neurasthénique et qu'elle est fonction de neurasthénie. Il faut donc rechercher les autres stigmates. Son diagnostic complet ne se fera que par un examen complet, y compris un examen chimique. Toutefois la dyspepsie nervo-motrice, avec hypochlorhydrie plus ou moins accentuée, est ce qu'on peut le plus souvent observer.
Quand la dyspepsie est très intense, quand il y a une véritable inanition, il peut y avoir un état de cachexie qui peut faire penser à l'existence d'une lésion grave de l'estomac, d'une gastrite destructive gé^iéralisée ou d'u7i cancer. Les circonstances dans lesquelles la dyspepsie est apparue, ses qualités chimiques, son amélioration sous l'influence d'un traitement rationnel en feront reconnaître l'origine névropathique.
Aéuroses. — Des diverses névroses, l'hystérie est celle qui pourrait le plus souvent être confondue avec la neurasthénie. L'hystérie se caractérise par ses stigmates ; inutile d'insister. Plus difficile quelquefois est le diagnostic du goitre exophtalmique : l'excitabilité, l'insomnie, les palpitations, la dyspepsie, sont communes à ces deux affections. La tachycardie, le goitre, l'exophthalmie et le tremblement, ensemble ou séparément, représentent les signes essentiels de la maladie de T^ascdow.
DIAGNOSTIC 13 i
Anémies. — Il nous paraît peu utile d'insister sur la différenciation des diverses anémies, primitives ou pymptomatiques. Dans les cas accentués de chlorose, le diagnostic est facile, les pâles couleurs, l'essoufflement, les souffles anémiques du cœur et des vaisseaux, les troubles de la menstruation, l'état du sang rendront le diagnostic facile. La distinction est beaucoup plus difficile quand la chlorose est moins nette, et l'anémie accompagne assez souvent la neurasthénie. On n'oubliera pas que la chlorose est une maladie de croissance, une maladie de la période du développement sexuel.
Il est naturel d'introduire ici la question de la fièvre neurasthénique, que l'on pourrait rapprocher de la fièvre hystérique. On comprend qu'elle ferait volontiers penser, comme celle-ci, à l'apparition de la tuberculose pulmonaire. C'est encore une question à l'étude, et l'existence de la fièvre neurasthénique n'est point démontrée.